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vendredi 12 mars 2010

Symbolisme des oiseaux

Doués de la faculté de voler, ils semblent tisser des liens invisibles avec le ciel et les Dieux...L’épervier : désigne la rapacité, mais aussi la distinction et la noblesse.

Le faucon : désigne l’attente et l’espérance de la Lumière. il s'apparente au Messager, et enseigne à observer, à scruter le milieu qui nous entoure. Le Faucon (voir/décider/agir) nous aide à saisir en plein vol, à la condition de savoir décider vite, une occasion qui se présente, et peut également nous aider à examiner notre vie d'un plan plus élevé afin de mieux distinguer les obstacles qui freinent notre envol.
La grue : symbolise la maladresse et la bêtise.

L'Oie appelle à la vigilance et montre qu'il est possible d'associer les aspirations matérielles, et spirituelles dans nos vies quotidiennes.


Le Paon : symbolise la vanité, et, désignant la roue solaire symbolise l’immortalité. Enfin parlons de la chauve souris,bien qu'elle soit un mammifère. La chauve-souris est suspendue la tête en bas, comme un bébé quand il vient au monde. Lachauve-souris était idolâtrée par les civilisations mayas, aztèques et toltèques. Elle enseignait qu'il est temps de se débarrasser d'une partie de soi-même. Il faut savoir mourir symboliquement pour pouvoir avancer spirituellement. (Cela peut aussi vouloir dire laisser tomber de vieilles habitudes et adopter une attitude qui prédisposera à une renaissance. Rappellons nous la lame du pendu des Tarots....) Alors la chauve-souris devient un symbole de Renaissance, de l'Initiation permettant d'accéder à un nouveau niveau de croissance.

jeudi 11 mars 2010

Symbolisme des Oiseaux

Oiseau blanc, le cygne est absent de la Bible mais joue un rôle important dans la mythologie gréco-romaine et dans les mythologies de l’Europe du Nord et du Nord-Ouest. Le Moyen Âge chrétien reçoit à son sujet un héritage symbolique multiforme qu’il fait fructifier sur plusieurs terrains : celui de la blancheur et de la pureté ; celui du chant et de la mort ; celui de la métamorphose, surtout. Être changé en cygne est fréquent dans les légendes germano-scandinaves et dans tout un ensemble de traditions lotharingiennes. À ces dernières, se rattache l’histoire du chevalier au cygne, présente dans les chroniques dès la fin du XIe siècle et dans de nombreux textes littéraires quelques décennies plus tard. Elle réunit à elle seule les différents aspects de la symbolique de l’oiseau. En jouant sur les mots, les traditions de l’époque féodale font de ce mystérieux chevalier au cygne le grand-père de Godefroi de Bouillon, héros de la première croisade , et inscrivent sa légende dans le patrimoine mythologique de la Maison de Boulogne, l’une des plus puissantes d’Occident. Les traditions ultérieures opèrent une greffe sur la légende arthurienne et font de ce personnage un ancêtre de Perceval. À la fin du Moyen Âge, nombreux sont les princes et les chevaliers qui « jouent » au chevalier au cygne et qui adoptent un emblème ou une devise au cygne (ainsi Jean de Berry). L’oiseau, parfois déprécié par la symboliques des bestiaires – cachant une chair noire sous un plumage blanc , est une image de l’hypocrisie .


D’oiseau simplement noble, il deviendra oiseau pleinement royal. Au point qu’à l’aube des temps modernes, en Angleterre et dans plusieurs pays d’Europe, il est interdit à quiconque n’est pas de sang royal de posséder des cygnes.
Le cygne est aussi le symbole de l’androgynie.
Si il est blanc, représente la lumière, le Verbe.
Si il est noir, il désigne le désir.

Sceau de Jean de Berry: dans la niche de droite, un cygne porte son écu parsemé de fleurs de lys

Le Cygne est aussi une constellation, parfois appelée la Croix du nord (en référence à la Croix du Sud) car ses étoiles sont principalement disposées selon une grande croix. L'oiseau qu'elle représente s'étend sur la Voie lactée estivale, paraissant en migration vers le sud.
Cette constellation est associée à plusieurs oiseaux légendaires de la mythologie grecque :
Selon la légende, le dieu Zeus s'était déguisé en cygne pour séduire Léda, dont il eut pour enfant les Gémeaux et Hélène de Troie.
Il pourrait également représenter Orphée, métamorphosé en cygne après son assassinat et placé dans les cieux à côté de sa lyre.
Enfin, on dit qu'un jeune homme nommé Cygnus était l'amant du malheureux Phaéton. Après que celui-ci se fut écrasé en conduisant les chevaux du Soleil, Cygnus se mit à chercher son corps désespérément dans le fleuve Éridan où il tomba. Cygnus plongea tant de fois dans le fleuve que Zeus eut pitié de lui et le changea en l'oiseau aquatique qui porte depuis son nom.
Repertoriée par les astronomes grecs, cette constellation était alors désignée sous le nom de l'Oiseau. Elle fut également désignée sous le nom de Croix de Sainte-Hélène par Julius Schiller en 1627 à une époque de christianisation massive du ciel (la constellation de la Croix du sud en est contemporaine).

Dans la mythologie chinoise, la constellation du Cygne héberge une fois par an le pont qui relie les amants Niu Lang et Zhi Nu.

mercredi 10 mars 2010

Symbolisme des oiseaux

Le Colibri

L'oiseau mouche dit ''colibri'' est de la famille des ''trochilédaé'' disséminée sur toute la surface du globe, avec 330 espèces ; les colibris vivent aux Antilles, en Amérique, en Alaska, en Terre de Feu, dans les Andes, en Europe,etc....
Le colibri serait né il y a environ 29 Millions d'années (la découverte de deux fossiles en Bad-Wurtemberg suggère cette datation)
Le colibri est attaché à la beauté, à l'esthétique. Il aime les fleurs remplies de parfums et la vie. il répand l'amour et la joie autour de lui. il nous invite à développer notre équilibre. Il prone l'optimisme (on dit que lorsqu'un oiseau-mouche apparaît, la joie et la guérison suivront.)
Il nous rappelle que nous devons nourrir notre enfant intérieur et regarder le monde avec l'émerveillement créateur de notre bonheur.

mardi 9 mars 2010

Symbolisme des Oiseaux

Les deux pieds solidement plantés dans la terre noire , l'Homme dans sa verticalité, regarde le ciel et rêve, rêve, la tête dans les étoiles.... et bien sûr, les oiseaux le fascinent...ils furent de tout temps un lien avec le ciel et les Dieux:
L’alouette : évolution et involution marquée par ses brusques aller et retour entre ciel et terre. La perdrix : symbole de la tentation, incarnation du démon
La perdrix peut aussi symboliser la spirale sacrée de la vie et de la renaissance. En ce sens, elle nous apprend à diriger nos énergies et nos désirs profonds. Elle nous invite à honorer la création divine.

Le héron : symbole de la recherche, de la connaissance divine.

La colombe : désigne le Saint Esprit, et symbolise l’âme.

Le pélican : symbole du Christ.

lundi 8 mars 2010

Le symbolisme des Oiseaux

La Chouette
Symbolisme général: La chouette représente le détachement, le changement. Elle nous enseigne que la sagesse est de transformer nos points faibles en points forts. La chouette symbolise la magie, la clairvoyance. C'est l'aigle de la nuit. Les personnes qui ont la force de la chouette seraient donc des sorciers ou des sorcières, qui devinent nos arrière-pensées. La chouette est très sage, elle voit et entend ce que les autres ne perçoivent pas.
Elle peut aider à reconnaître la vérité et à déchiffrer les avertissements du destin.
Le symbole animal de la chouette est le neuvième esprit totem de la roue de la vie des shamans amérindiens. Il correspond à la fin de l’automne et à notre signe astrologique occidental du Sagittaire auquel il peut apporter un éclairage nouveau et exotique.
La chouette a tout d’abord attiré l’attention des sages indiens par son mode de vie et de chasse tout particulier et ils ont bien sûr été troublés par le regard tout à fait particulier de ce rapace nocturne. De par ces yeux tout à fait spécifiques (immenses et lumineux), ces clignements de paupières caractéristiques et bien sûr sa faculté à voir dans les ténèbres ce que l’être humain est incapable de percevoir, la Chouette s’est vite imposée comme l’incarnation animale du pouvoir de clairvoyance. Clairvoyance de ce qui échappe à l’homme, clairvoyance au-delà des ténèbres, au-delà même du voile de la nuit, elle-même symbole par excellence de l’occulte et du caché, souvent de la mort. La chouette peut donc percer de grands mystères de façon naturelle: son pouvoir est celui de la pénétration de l’esprit, celui d’un regard différent porté sur le monde et permettant d’appréhender des réalités qui échappent aux autres.
Les shamans remarquèrent aussi que la Chouette se nourrit essentiellement d’insectes et de petits rongeurs, considérés par toutes les civilisations comme nuisibles dès lors qu’ils s’en prennent aux réserves vitales, aux provisions pour l’hiver.
Elle a donc en plus endossé un rôle protecteur, devenant l’emblème de la chasse utile, c'est-à-dire permettant du même coup d’assurer ses besoins et de débarrasser le monde de ce qu’il a de mauvais. En ce sens, on lui accorda un don de discernement et de juge qu’on retrouve d’ailleurs dans les attributs traditionnels du Sagittaire.
Chez les Grecs anciens, la chouette était assimilée à Athéna et la ville d’Athènes était sous son patronat : rappelons que la déesse Athéna représentait la pensée élevée, les arts, la musique, la sagesse, l'intelligence. Elle était aussi et surtout une excellente conseillère, sollicitée pour sa sagesse et on retrouve donc à nouveau ici l’idée d’un jugement sain permis par une vision naturellement différente de l’ordre du monde, une vision en fait divine et donc hautement spirituelle.
Notons que notre Sagittaire occidental a également des prédispositions pour la politique, la religion, la spiritualité et la justice, que son esprit, très synthétique, est réputé pour pouvoir s’élever, prendre du recul et ainsi assumer un rôle de conseiller, de juge ou de guide.
En raison de son hululement inquiétant, sorte de gémissement nocturne, la chouette fut aussi, dans de nombreuses cultures, un oiseau redouté puisque classé parmi les psychopompes ( les psychopompes sont toutes les créatures qui annoncent la mort et participent au passage de l’âme entre le royaume terrestre et le royaume de l’au-delà)
On retrouve cette notion d’élévation de l’esprit, de connaissance d’un « ailleurs », de perception intermédiaire entre le monde humain et le monde divin, entre le matériel et le spirituel. Le signe du Sagittaire est d’ailleurs moitié animal (plan terrestre) et moitié humain (étincelle divine).
Par ailleurs, beaucoup de cultures passèrent facilement du respect craintif pour cet animal à la phobie haineuse : ainsi, en Europe, cet oiseau était volontiers sacrifié dans les rituels de magie noire (enclouage) ou brûlé comme représentant du Malin par l’inquisition. On lui accordait dans tous les cas les pouvoirs de prédire l’avenir, de révéler les secrets ou encore d’hypnotiser ses victimes.
Dans certaines tribus du Maroc, on préférait ne pas prononcer son nom afin d’éviter de provoquer le malheur car la chouette était pour eux la réincarnation de certains morts demandant vengeance. On retrouve ici l’idée de Justice divine.
Le symbolisme de la chouette est donc ambigu, dépendant tout à la fois des époques et des civilisations. La Japon synthétise cette contradiction en faisant de la chouette, selon son espèce, une créature tantôt positive (messagère des dieux) tantôt négative incarnation démoniaque). Pourquoi tant de disparité ?
Probablement au final parce que la chouette est capable du pire comme du meilleur, (tout comme le signe du Sagittaire, un signe double?). Si la chouette/sagittaire écoute la sagesse qui l’habite, elle sera capable de grandes choses, sera apte à conseiller et à guider le monde, mais si elle succombe à ses instincts les plus vils, elle sera porteuse de mort et de misère puisqu’elle représentera alors une utilisation pervertie des forces divines.
Voir ce que les autres ne peuvent percevoir est une faculté précieuse mais tout dépend comment on en fait usage : les yeux de la chouette peuvent être ceux d’une âme noble pleine de compassion ou ceux d’un porteur de mort ; la chouette assumera ses choix personnels car l’ombre et la lumière sont toutes deux présentes à force égale dans son cœur.

dimanche 7 mars 2010

Symbolisme des Oiseaux



Le Corbeau


Oiseau noir, le corbeau a vu sa symbolique se déprécier au fil des siècles. Valorisé par toutes les mythologies anciennes, qui louent sa sagesse, sa mémoire et ses dons de prophéties, il est souvent pris en mauvaise part par la Bible – l’épisode de l’arche de Noé en fait un animal infidèle, égoïste et charognard – et rejeté par le Christianisme. Dans l’Europe du Nord, parfois jusqu’à l’an mille, l’Église du Christ doit lutter contre des cultes païens rendus au corbeau, oiseau sacré, attribut d’Odin, messager des dieux, protecteur de tous les guerriers et véritable mémoire du monde. De bonne heure, les Pères de l’Eglise lui réservent donc une place de choix au sein du bestiaire du Diable et lui font incarner un grand nombre de vices ( invidia, superbia, avaritia, ira), voire toutes les forces du Mal. Son plumage noir l’associe en outre à la symbolique négative de cette couleur, tout à la fois obscure, inquiétante et mortifère. Il subsiste néanmoins dans l’Occident médiéval quelques reliquats de l’ancien prestige du corbeau des Celtes et des Germains : d’abord dans l’anthroponymie, qui accorde à cet oiseau un place considérable ; ensuite dans l’hagiographie, qui met en scène plusieurs corbeaux nourriciers (à l’image de celui du prophète Élie), compagnons de saints plus ou moins importants ; enfin dans l’emblématique, qui prolonge jusqu’à des dates avancées l’ancien rôle de premier plan joué par cet oiseau dans l’insignologie barbare. Lorsque l’héraldique crée ses premières figures animales, dans le courant du XIIe siècle, elle fusionne en un seul animal (corps de face, tête de profil) le corbeau des Germains et l’aigle des Romains.
A l’époque moderne, la symbolique du corbeau continue de se dévaloriser, comme l’attestent les fables et les proverbes . Aujourd’hui, cependant, l’ornithologie et les enquêtes sur l’intelligence animale contribuent à sa promotion : non seulement le corbeau est le plus intelligent de tous les oiseaux mais il est aussi, selon les expériences les plus récentes, le plus intelligent de tous les animaux, au même niveau que les grands singes, et bien avant le rat, le porc ou le dauphin. Ce qu’affirmaient déjà les savoirs antiques et médiévaux.
(Michel Pastoureau, « Symbolique médiévale et moderne », )
Chez les Amérindiens, le corbeau est considéré comme un porteur de magie, ou comme un oiseau messager de mort.
Pour les diseurs de bonne aventure, le corbeau symbolise l'intelligence. Sa magie est puissante et permet d'apprendre à connaître nos peurs intimes, afin de favoriser un changement de conscience. Il est messager de notre inconscient, ou encore de l'Inconnu, de l’eau-delà.
Il aide à changer d’état de conscience et à écouter sa voie intérieure.
Grâce à lui, on peut soigner et guérir à distance. La force du corbeau peut nous aider à changer et à rentrer dans le grand secret. Le corbeau nous incite à regarder dans le grand vide noir pour trouver des réponses à nos questions.
Le corbeau retourne les énergies négatives pour les personnes qui utilisent la magie noire. Cet animal porte l'énergie du message à l'endroit où il doit être.

Il ne faut pas confondre corbeau et corneille...


La Corneille désigne la Loi. La loi humaine ne ressemble pas à la Loi sacrée. La corneille perçoit l'illusion qui réside dans l'interprétation que l'humanité donne aux mondes, tant physique que spirituelle. Elle est la gardienne des grands mystères. Elle possède le pouvoir de briser les lois de ce monde en se métamorphosant en être humain.
Elle nous aide à percevoir notre vérité intérieure et extérieure. La loi de la vérité est une loi sacrée. Ceux qui ressentent cette énergie assument les découvertes que la vie leur a permis de faire. Ainsi la corneille permettrait de faire de son moi supérieur un guide....

vendredi 5 mars 2010

Symbolisme des Oiseaux

L'aigle symbolise Jean
"L'aigle est le symbole particulier de l'évangéliste Jean. Cela vient d'un texte du prophète Ézéchiel qui décrit sa vision : Je discernai quelque chose qui ressemblait à quatre animaux dont voici l'aspect : ils avaient une forme humaine. Ils avaient chacun quatre faces et chacun quatre ailes. . . Quant à la forme de leurs faces, ils avaient une face d'homme, et tous les quatre avaient une face de lion à droite, et tous les quatre avaient une face de taureau à de gauche, et tous les quatre avaient une face d'aigle (Ézéchiel 1, 5-6.10). La tradition a vu dans ces animaux les symboles des évangélistes. Cependant dans l'impossibilité où elle était de déterminer la représentation exacte de ces êtres, elle s'en est tenue à l'attribution de l'homme à Matthieu, du lion à Marc, du taureau à Luc et de l'aigle à Jean.
Symbole de vie nouvelle
Les anciens croyaient que l'aigle, différent en cela des autres oiseaux, renouvelait périodiquement son plumage et sa jeunesse : pour cela il volait directement vers le soleil et ensuite il plongeait dans l'eau. Un psaume y fait allusion : Comme l'aigle se renouvelle ta jeunesse (Psaume 103,5).
Le symbole de l'aigle convient d'une manière particulièrement juste à Jean puisqu'il s'est élevé très haut dans la contemplation de la nature divine du Verbe de Dieu. De plus, l'aigle est souvent interprété comme le symbole de la Résurrection, et Jean est un témoin privilégié du grand événement pascal.
Symbole du Christ et du disciple
L'aigle est le symbole du disciple bien-aimé, mais c'est aussi le symbole du Christ. On le disait capable s'élever jusqu'où on ne le voit plus. On disait aussi qu il avait la capacité de fixer le soleil en plein midi. On voit le rapprochement avec le Christ-Dieu qui voit le Père face à face.
En outre, tous les disciples du Christ peuvent être identifiés aux aigles. Ils partagent la force morale de l'aigle. Le livre d'Isaïe disait : Ceux qui espèrent dans le Seigneur renouvellent leur force, ils déploient leurs ailes comme des aigles, ils courent sans s'épuiser, ils marchent sans se fatiguer (Isaïe 40, 31). Dans le Baptême, plongés dans l'eau, ils ont puisé foi, courage et contemplation. On disait que l'aigle, si grande fût sa faim, laissait toujours une moitié de ses proies aux autres oiseaux. C'est l'exemple de la générosité ou de la charité qui anime le vrai disciple du Christ."

(Pierre Bougie, Professeur au Grand séminaire de Montréal)
L'aigle est aussi le symbole des anges en tant que « roi des oiseaux ». Représenté ailes déployées, il peut désigner la croix. Accompagnée d’un serpent, elle évoque la dualité ciel – terre. La chute vers le sol, désigne la descente de la Lumière sur terre .
Pour les amérindiens,
l'Aigle est un lien avec le Grand-esprit. En fait c’est parce qu’il vole le plus haut dans le ciel que les amérindiens croient qu’il communique nos pensées au Créateur.
Il représente la grande sagesse, l'autorité , le pouvoir et le courage; il vit à dans le domaine de l'esprit sans perdre de vue le le domaine terrestre. L'Aigle apporte l'éveil et l'illumination.
Il enseigne à regarder vers les hautes sphères pour que votre cœur atteigne le Soleil et que vous appreniez à aimer l'ombre aussi bien que la lumière. L'aigle incarne la force divine.
Il aide à prendre du recul pour analyser notre vie. Il offre l'objectivité et la clarté d'esprit nécessaires aux prises de décisions et à la recherche des priorités.
L'aigle enseigne qu'il est nécessaire de considérer aussi bien les événements positifs que les événements négatifs, les faces d'ombre et de lumière, ce qui aide à poursuivre le développement de son moi propre. C'est par la mise à l'épreuve de sa force d'âme qu'une personne peut acquérir la force de l'aigle.


St-Trophime d’Arles
Note sur le tétramorphe
Le tétramorphe représente les quatre Vivants, les quatre animaux ailés tirant le char de la vision d'Ezechiel (Ez 1, 1-14) et que l’on retrouve de façon assez similaire dans l’Apocalypse de Jean (ch. 4, 7-8).
Plus tard les Pères de l’Eglise en ont fait l’emblême des quatre évangélistes : le lion pour Marc, le taureau pour Luc, l’homme pour Matthieu et l’aigle pour Jean. Ils accompagnent souvent les représentations du Christ en majesté.
- L' homme représente Matthieu : l’évangile de Matthieu débute par la généalogie humaine de Jésus.
- Le lion représente Marc : dans les premières lignes de l’évangile de Marc, Jean-Baptiste prêche au désert, domaine des animaux sauvages.
- Le boeuf représente Luc : aux premiers versets de son évangile, il fait allusion à Zacharie qui offre un sacrifice à Dieu ; dans le bestiaire traditionnel, le boeuf renvoie au sacrifice.
- L'aigle représente Jean : le quatrième évangile commence par la préexistence céleste de la Parole qui vient en Jésus-Christ
La vision d’Ezechiel
Des les premières lignes de sa prophétie, Ezechiel (Ez 1, 1-14) décrit une vision : "le ciel s’ouvrit et je fus témoin de visions divines (Ez 1, 1). Au centre, je discernais quelque chose qui ressemblait à quatre êtres vivants (Ez 1, 5). Ils avaient chacun quatre faces et chacun quatre ailes (…) leurs sabots étaient comme des sabots de boeuf (Ez 1, 6-7). Quant à la forme de leurs faces, ils avaient une face d’homme, et tous les quatre avaient une face de lion à droite, et tous les quatre avaient une face de taureau à gauche, et tous les quatre avaient une face d’aigle (Ez 1, 10). "
Il s’agit de quatre animaux identiques dotés chacun de quatre pattes de taureau, de quatre ailes d’aigle, de quatre mains humaines et de quatre faces différentes d’homme, de lion, de taureau et d’aigle. Ces quatre animaux ont leur place au pied du trône de la gloire de Dieu.
L’Apocalypse
Le livre de l’Apocalypse (4, 7-8) relate une vision dont la parenté avec celle d’Ezechiel est évidente. Les Vivants sont au milieu du trône et autour de lui. mais ils ne sont plus identiques et ils sont beaucoup moins hybrides : ce sont, dans l’ordre, un lion, un taureau, un homme et un aigle. Ils ont chacun six ailes et ils sont recouverts d’une multitude d’yeux.

jeudi 4 mars 2010

Symbolisme des Oiseaux

Phénix de la Cité interdite

Parmi les oiseaux mythiques, on peut citer le Rokh des « Les Mille et Une Nuits » qui est un rapace géant capable de capturer des bateaux.
Le Pouākai, selon les légendes māori, était capable de capturer un humain. Cet oiseau mythique étant probablement la sublimation de l'aigle géant de Haast, disparu avec l'extermination des moas par ces mêmes Māori.
Le Sphinx grec, la harpie, Pégase, les sirènes, les chimères sont des créatures hybrides possédant des traits d'oiseaux et sont plutôt hostiles à l'homme.
Le Phénix, symbole de la renaissance est une créature mythique qui a volontiers été utilisée par les chrétiens qui y voient un symbole de la renaissance de Jésus Christ.
Garuda est un oiseau géant de la mythologie indienne, incarnation de Vishnu.
Le Simurgh, oiseau de la mythologie perse, est également présent dans l'Avesta ou le Shahnameh.

Il existe de très nombreux contes et légendes mettant en scène des oiseaux.
En occident, dans certaines régions, pour cacher l'existence de la sexualité aux enfants, on racontait que les bébés étaient apportés aux parents par les cigognes, faisant de cet animal un symbole positif. Cette légende a probablement sauvé de l'extinction les populations de ces espèces dans l'est de la France.
La Poule aux œufs d'or est à la fois un mythe sur la chance et une allégorie sur l'importance économique de la volaille.
Les fables de Jean de La Fontaine par exemple, mettent en scène des personnages zoomorphes.

Un certain nombre d'oiseaux représentent le sexe de l'homme mais la femme a les siens, par exemple la perdrix ou la caille (souvent qualifiée de chaude).

mardi 2 mars 2010

Symbolisme des oiseaux

Oiseau de Feu

Les oiseaux endosserent de tout temps des rôles symboliques pour répondre aux envies et frustrations des hommes . Représenter l'amour, l'adultère, symboliser la vie à la campagne, représenter tous les messagers possibles et imaginables, furent comme autant d'étapes dans une imagerie populaire et poétique. Mais l'oiseau est tout cela et bien plus encore. Il est un symbole de liberté, d'espoir, il est capable d'endosser toutes les aspirations de l'homme. Y compris des aspirations sociales et politiques, des volontés de changement, des soifs de liberté. Il peut aussi être utilisé comme symbole dans le langage, fut-il poétique et musical, d'une lutte sociale, d'une résistance face à l'histoire.
Le vol de l'oiseau est naturellement porteur d'un symbole de liberté comme l'exprime le mythe d'Icare. Par exemple l'aigle est un symbole de majesté c'est pourquoi on le retrouve sur les armoiries de divers empires. La colombe est un symbole de la paix.
Chanter comme un oiseau signifie chanter gaiement. Avoir un appétit d'oiseau signifie manger très peu. Une cervelle ou tête d'oiseau est un esprit léger, insouciant, étourdi, et un individu qui vit comme un oiseau, le fait sans souci du lendemain. Être libre comme un oiseau signifie n'avoir aucune entrave. Se faire donner des noms d'oiseaux signifie se faire insulter. Dans le langage populaire, un oiseau désigne un individu, avec un sens plutôt négatif. Un oiseau de passage désigne un individu dont on n'entendra plus parler une fois parti, un oiseau de mauvais augure est un porteur de mauvaises nouvelles. Un oiseau de nuit est un noctambule. Un oiseau rare est une personne peu disponible.
Bon nombre d'expressions sont liées à des espèces précises en fonction des symboles particuliers liés aux espèces considérées : faire le paon pour faire le beau, être un pigeon pour être un naïf, une oie pour une jeune femme naïve, être une mère poule pour une mère très attentionnée. Les termes vautour, corbeau, rapace et ainsi que ceux partagés par d'autres charognards ne sont pas des qualificatifs plaisants.
L'utilisation du mot oiseaux et du nom des oiseaux pour d'autres usages qu'une dénomination simple est très fréquente. De nombreuses œuvres artistiques, dans leur titre, font référence au terme « oiseau » comme L'Oiseau de feu, L'Oiseau et l'enfant, L'Oiseau au plumage de cristal, Les Oiseaux, L'Oiseau bleu, Le Roi et l'Oiseau, L'Oiseau d'argile, L'Oiseau d'Amérique. D'autres œuvres font naturellement référence à des espèces particulières comme par exemple dans L'Affaire Pélican ou d'une manière très indirecte dans Le Faucon maltais ou dans Bécassine, la bécassine étant un oiseau réputé stupide. Il peut aussi n'y avoir aucun rapport avec les oiseaux, comme pour le film Les Oies sauvages. Plusieurs plantes comportent aussi ce terme, par exemple la Néottie nid d'oiseau, Oiseau de paradis. On retrouve aussi ce terme dans des lieux comme la commune de Champ-d'Oiseau ou pour des objets manufacturés divers qui vont de l'Oiseau buveur à l'Oiseau de Feu.

lundi 1 mars 2010

Symbolisme des 0iseaux

Simorgh

En dehors des sociétés animistes et des peuples chasseurs, l'oiseau reste encore aujourd'hui un être chargé de symboles, un ami, un rêve, la source d'une série de métaphores.
Toutes les mythologies du monde leur accordent une place de choix. Ils ont en général une position sur l'Arbre du monde, souvent au sommet, alors que le serpent est à la base. Le Coran parle du langage des oiseaux qui est celui des anges. Ils sont toujours quelque part entre les hommes et les dieux, ils symbolisent la liberté divine, ils sont messagers des dieux, ils sont les âmes des hommes. Les mythes les plus anciens leur attribuaient déjà cette place. Pour les Egyptiens, le Phénix était l'âme capable de renaître de ses cendres mais aussi symbole du cycle solaire et des grands cycles annuels. Pareillement, le simorgh de la mystique persane se pose toujours au sommet du monde et représente à la fois la divinité et l'âme humaine. Ses plumes ont un pouvoir thérapeutique. On pourrait citer des dizaines de mythes semblables de par le monde. Le rappel de ces mythes est sans doute important pour comprendre à quel point chaque oiseau, qu'il soit petit et présent quotidiennement ou qu'il soit immense et mythique, peut influer sur le besoin d'expression de l'homme.

samedi 13 février 2010

Rêve d'aviateur : Le Petit Prince

J’ai vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. Et comme je n’avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C’était pour moi une question de vie ou de mort. J’avais à peine de l’eau à boire pour huit jours. Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée. J’étais bien plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé. Elle disait : … ” S’il vous plaît… dessine-moi un mouton ! ”
À partir de là, le lecteur n’a plus qu’une seule question : savoir d’où vient cet étrange petit bonhomme et connaître son histoire. S’ouvre alors un monde étrange et poétique, peuplé de métaphores, décrit à travers les paroles d’un “petit prince” qui porte aussi sur notre monde à nous un regard tout neuf, empli de naïveté, de fraîcheur et de gravité. Très vite, on découvre d’étranges planètes, peuplées d’hommes d’affaires, de buveurs, de vaniteux, d’allumeurs de réverbères. Cette évocation onirique, à laquelle participent les aquarelles de l’auteur, a tout d’un parcours initiatique, où l’enfant apprendra les richesses essentielles des rapports humains et le secret qui les régit : “On ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux.” Oeuvre essentielle de la littérature, ce livre de Saint-Exupéry est un ouvrage que l’on aura à coeur de raconter à son enfant, page après page, histoire aussi de redécouvrir l’enfant que l’on était autrefois, avant de devenir une grande personne ! (Xavier Marciniak )

vendredi 12 février 2010

Rêve de pilote : Jonathan Linvingston le Goéland


Depuis toujours, Jonathan Livingston s’afflige de n’être ni albatros ni pélican, en bref, de n’être doué ni pour le looping ni pour le vol plané. A la consternation de ses parents, il s’entraîne jour et nuit pour améliorer sa vitesse et sa qualité de vol. Le Grand Conseil finit par se réunir et par exclure ce drôle d’oiseau qui ne respecte pas les limites de sa race ! Jonathan en effet ne considère pas le vol comme un vulgaire moyen de déplacement, mais comme la chance d’accéder à la perfection et de donner un sens plus noble à la vie. Sa pénitence se transforme en paradis lorsqu’il rencontre Chiang l’Ancien et les autres exclus assoiffés d’infini. Chiang lui apprend l’absolu, mais aussi la responsabilité, la confiance, l’amour, la liberté. Tel un Saint-Exupéry américain, Richard Bach est écrivain-aviateur.

lundi 8 février 2010

Elucubrations dans les dédales des labyrinthes

Cathédrale de Chartres


Nous avons vu que le labyrinthe était le palais crétois de Minos où était enfermé le Minotaure et d'où Thésée ne put sortir qu'à l'aide du fil d'Ariane. Nous trouvons ce même tracé dans certaines grottes préhistoriques ; il est aussi présent au sol des cathédrales. Le labyrinthe était aussi connu en Egypte et en Grèce...Mais si nous connaissons l'origine du tracé, quelle est l'origine du mot? et surtout quelle en est la signification et le/les sens cachés?

Ci dessous une réponse intéressante trouvée sur la toile:


Une des racines serait "laborintrus", mot latin qui comporte la racine "labor", travail, dans le sens d'effort. De ce terme découlent plusieurs mots dont "labrum", sillon ouvert par le "labrus", nom donné à une hache à double tranchant, une de ces haches qui séparent le bien du mal, le haut du bas, le profane du spirituel.

Double hache en bronze provenant du mégaron de Norou

Peut-être est-ce là qu'il faut chercher l'origine des "forces" signalées au centre du labyrinthe, "forces" chthoniennes, sataniques de dessous ? Le labyrinthe serait dans ce cas un "nœud" qui bloque toutes ces "forces" et sépare donc le profane du sacré dans un lieu saint.
Cosmos était le sanctuaire de la hache, l'emblème du Roi, l'équivalent du Z de Zeus / Minos, la foudre qui relie la Terre au Ciel. La hache est l'instrument qui relie ou sépare le terrestre et le céleste.

Une autre origine du nom serait "labra" qui désigne les cavernes, les galeries de mines et "inthos" suffixe de racine pré-indo germanique qui se rapporte aux jeux d'enfants. Ainsi "labra-inthos", labyrinthe, désignerait les jeux de la caverne. Un lien possible peut donc exister avec la fameuse "Caverne" de Platon, entre les ombres et la Lumière, entre l'alternance noir et blanc du labyrinthe, le long du parcours qui conduit du profane au sacré, de la nuit vers le divin.
Les labyrinthes existent dans le monde entier depuis des millénaires. Les plus anciens datent de 15.000 ans. On en trouve en Amérique, en Suède en Grande-Bretagne, Italie, Inde, Egypte et naturellement en France.
Hérodote décrit celui du lac Moéris, construit par Aménemha III sous la 2ème dynastie. Il contenait 3000 chambres. Anubis, le dieu égyptien, y prenait en charge les âmes des défunts pour les conduire jusqu'à Osiris, afin que ce dernier prenne sa décision sur le devenir du mort.
Fait de cavernes et de carrières, ces lieux sous terre étaient des lieux initiatiques.
Le plus célèbre, celui de Cnossos, en Crête, formait une spirale se rétrécissant vers le centre en
montant, pour déboucher à l'air libre. Dédale, son concepteur, a laissé accroché à son nom ce concept de complexité, mais n'oublions pas que son fils Icare en se rapprochant du Soleil a fait fondre ses ailes. Si tous les chemins mènent à Rome, certaines intentions peuvent en éloigner … définitivement.
Peu à peu, les labyrinthes à trois dimensions, avec des voies sans issues, celles des errements et des culs de basses fosses, ont laissé place aux labyrinthes à deux dimensions et à une seule voie, menant au centre après des croisements et des retours en arrière. Façon comme une autre d'obliger au retour sur soi, à la descente dans son intériorité la plus intime.
Il en existe des circulaires (Saint Vital de Ravenne, Saint Savin de Plaisance, Sens, Guingan, Bayeux, Saint Michel de Pavie…), des carrés (Basilique San Reparatus d'Orléansville, Villa Diomède à Pompéi, San Bertin à Saint Omer…) et octogonaux (Saint Quentin, Arras, Reims, Amiens…), des géants et des petits.
Globalement, avec cette évolution, l'appellation labyrinthe est devenue erronée, car il n'y a plus qu'un seul chemin.

A ce stade il est amusant d'observer que le "Jeu de l'Oie" n'est pas un jeu anodin, mais est un pèlerinage sur un labyrinthe pour enfants, dans lequel la symbolique est la même. Avec ses embûches, ses pénalités et ses retours en arrière, c'est une façon d'apprendre aux jeunes, et parfois aux moins jeunes, les règles du "jeu" de la "Vie". Autre message laissé par La Tradition de nos anciens parmi d'autres jeux tels que celui de "la marelle" qui conduit de la terre au ciel, de l'enfer au paradis en passant par la croix.
Nous pourrions donc définir le labyrinthe comme un chemin de prière et de méditation pour celui qui fait un pèlerinage.
Cela expliquerait le fait que que celui de Chartres est également connu sous le nom de "Chemin de Jérusalem" car au temps des croisades, nombreux étaient ceux qui ne pouvant aller en Terre Sainte, parcouraient le labyrinthe, par substitution, faute de pouvoir partir. Son parcours fait à genoux, prenait autant de temps que de marcher une "lieue", d'où son autre nom : "la Lieue"
Mais le terme de Jérusalem dépasse le simple nom de la Cité Terrestre pour faire allusion à la Cité Céleste, modèle idéal pour ceux qui cherchent à retrouver le paradis perdu, modèle pour ceux qui par une vie exemplaire essayent de retrouver la pureté originelle.
Celui de Chartres est situé à la 3ème des 7 travées de la nef, 7, somme des nombres 4 et 3, symboles de tous temps de la matière et de l'esprit. Il est donc situé à l'intersection de la Terre et du Ciel.
L'homme, dans le monde entier, a conscience de la dégradation de son état sur terre par rapport à ce que ses ancêtres les plus lointains ont connu.
Pour les chrétiens, Adam et Eve sont les modèles archétypes par où, tout a commencé. Ils cherchent à retrouver l'état adamique de pureté idéale, celui où Adam possédait la "Parole" c'est à dire la possibilité de créer en nommant comme le fait Dieu, le Verbe. Pour cela, ils cherchent à reconstruire sur terre la cité céleste; les chrétiens cherchent à retrouver le Paradis perdu, la Parole perdue. Le nom choisi est Jérusalem car il symbolise le lieu de la venue du Messie sur terre.
L'homme qui part en pèlerinage avec un but géographique sur la planète, cherche à retrouver son créateur au travers de la manifestation qu'il traverse lors de son voyage et arrive au terme de ses pérégrinations, en état de symbiose totale avec l'environnement créé par Dieu.
Voyage "initiatique" réel, à la fois début, "init" de "initium" et fin.
Il fait alors partie du tout, a rejoint l'Un, son créateur, totalement conscient de la part qu'il lui reste à jouer dans l'accomplissement de l'œuvre divine, dans la manifestation.
Comment mieux "qualifier" le Divin que par le mot : "absolu" ? Or, "Absolum" était le nom du labyrinthe de Cnossos, celui du combat de Thésée et du Minotaure. Autrefois, une plaque de bronze représentant Thésée et le Minotaure était fixée au centre du labyrinthe de Chartres. Elle a été déposée.
L'homme qui parcourt le labyrinthe, part dans un voyage initiatique virtuel. Il s'isole de la manifestation et se concentre (Quel beau mot) sur lui-même, recherchant en lui les traces de la manifestation divine.
Lui aussi arrive au bout de son voyage en parfaite communion avec Dieu. Il comprend progressivement par les allers et retours du parcours, qui le rapprochent et l'éloignent du Centre qu'il est nécessaire de chercher en allant de l'avant, mais qu'il est bon de regarder derrière soi, puisque tout a commencé "avant".
"Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu".
On ne se coupe pas de ses racines, sous peine de mourir.
On ne sait pas s'il y avait un "fil d'Ariane" au début du labyrinthe de Chartres, accroché à un anneau, mais au début du parcours, un anneau a laissé son empreinte. Reliait-il le pèlerin dans son aventure, au sens de "avent", à son passé, à ses racines ?
Nouveau Thésée, il va combattre symboliquement le Minotaure incontrôlable, son Minotaure, celui des aspects négatifs de sa personnalité, aspects qu'il se sera lui-même confessés.
Il en sortira régénéré, comme Thésée, tout comme notre Seigneur Jésus-Christ vainquit la mort et ouvrit le chemin de la vie. Il est régénéré par son statut "Royal" et triomphe du Satan à l'aide du fil d'Ariane, fil de la Vierge Marie, fil de l'Amour qui répond à la bestialité et à la mort. Il lui est envoyé à temps par le Divin et le guide dans ses épreuves. Ne pas perdre "le fil" est fondamental pour celui qui récite un Rituel initiatique, que ce soit du temps du pseudo "Livre des morts" égyptien ou de notre temps lorsque nous récitons les Psaumes.
A noter que selon La Tradition, seuls les Rois, initiés et représentants de Dieu sur Terre, peuvent aller et revenir sans dommage entre les trois mondes (souterrain, terrestre et céleste) car ils en connaissent les voies.
Pour revenir à notre pèlerin, la dernière station à genoux, le dernier pas, celui qui le place au centre du labyrinthe, celui qui marque la réussite des retrouvailles, celui qui l'oblige à se relever, était fort justement appelé le "Saut de la Joie".
Nous pouvons l'imaginer, arrivant devant Chartres, ayant prié dans la Crypte, pour se purifier et rendu hommage à Notre Dame, se déchausser ("Otes tes chaussures de tes pieds, car le lieu où tu te trouves est sacré") pour ne pas souiller ce saint lieu avec les poussières du monde profane (de "profanum" qui est devant le temple) et tomber à genoux devant l'entrée du labyrinthe face à l'autel.
Nous pouvons imaginer son lent cheminement et sa progression le long du parcours initiatique, chantant les psaumes de David. Ses multiples allers retours lui font comprendre la nécessité du retour sur soi, mais également à considérer une situation selon divers points de vues. Vieille nécessité de prendre de la distance afin de mieux juger, appréhender un problème.
Le fait de croiser un autre pèlerin sur la voie, rappelle que seule l'expérience personnelle est valable.
Un jour dans un sens, un jour dans l'autre, celui qui cherche trouvera et se sera enrichi au passage de "points de vues" apparemment opposés mais en réalité complémentaires d'une même et unique solution.
Arrivé dans la dernière ligne droite, il se prépare à rencontrer celui qu'il sait être présent, "celui qui est et a toujours été", au centre.
Là, il est obligé de se relever, comme aspiré vers le haut, seule voie de sortie du labyrinthe. En effet, la seule autre alternative, serait la mort.
C'est cela le "Saut de la Joie", car l'allégresse est extraordinaire pour celui qui vit réellement ce cheminement. Les derniers psaumes sont une série d'Alléluia qui aboutissent pour celui qui entend, en un concert unique de musique sacrée. Il est face à Dieu.
" Debout les Hommes". Pas n'importe lesquels, mais ceux qui sont devenus conscients, c'est à dire qui partagent "La Science".
Pourquoi le mot "Saut" ? Existe-t-il de meilleur terme pour faire comprendre le passage soudain d'un état de l'être à un autre ? Celui qui vient d'aboutir dans sa démarche spirituelle a soudainement changé de niveau de compréhension, au sens étymologique du terme, et en un instant, en une illumination, sauté au niveau supérieur.
Mais cette sortie vers le haut, cette rencontre avec le divin, avec la Lumière, avec le Verbe, n'est que temporaire. Il faut redescendre sur Terre afin de propager la "Parole" et montrer le chemin à ceux qui la cherchent.

dimanche 7 février 2010

Labyrinthes

"Ce qu'un homme ne sait pas ou ce dont il n'a aucune idée
se promène dans la nuit à travers le labyrinthe de l'esprit"
Goethe
Labyrinthe Cathédrale de Chartres

Les labyrinthes gravés sur le sol des églises étaient à la fois la signature de confréries initiatiques, de constructeurs et les substituts du pèlerinage en Terre Sainte. C'est pourquoi on trouve parfois au centre, soit l'architecte lui-même, soit le Temple de Jérusalem : l'élu parvenu au Centre du monde, ou symbole de ce Centre. Le croyant qui ne pouvait accomplir le pèlerinage réel parcourait en imagination le labyrinthe jusqu'à ce qu'il arrive au centre, au lieu saint. Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres intrigue les personnes de notre époque qui se demandent ce qu'il peut bien signifier, et à quoi il pouvait servir à nos ancêtres.
Inconsciemment, en se posant cette dernière question, ils commencent à trouver la solution, ils entrent dans la voie voulue par les concepteurs du labyrinthe.
Il est malheureusement connu par le grand public pour les "forces" en son centre, forces telluriques dont l'existence n'ont jamais été prouvées par les appareils de la science actuelle, ce qui ne veut pas dire qu'elles n'existent pas, car certains ressentent quelque chose . Mais la richesse du labyrinthe est de toute autre nature.


Amiens

Le labyrinthe permet l'accès à une finalité grâce à un voyage initiatique, et l'interdit à ceux qui n'en ont pas les "qualités" requises. Le parcours se faisait fréquemment à genoux. Le labyrinthe annonce la présence de quelque chose de précieux ou de sacré. Il peut avoir une fonction militaire, pour la défense, d'un tombeau, d'un trésor. Il n'en permet l'accès qu'à ceux qui connaissent les plans, aux initiés. Le centre que protège le labyrinthe sera réservé à l'initié, à celui qui, à travers les épreuves de l'initiation (les détours du labyrinthe), se sera montré digne d'accéder à la révélation mystérieuse. Une fois parvenu au centre, il est comme consacré; introduit dans les arcanes, il est lié par le secret. Dans la tradition kabbalistique, reprise par les alchimistes, le labyrinthe remplirait une fonction magique, qui serait un des secrets attribués à Salomon. C'est pourquoi le labyrinthe des cathédrales serait appelé labyrinthe de Salomon.


Reims

Aux yeux des alchimistes, il serait une image du travail entier de l'œuvre avec ses difficultés majeures. Celle de la voie qu'il convient de suivre pour atteindre le centre, où se livre le combat des deux natures : celle du chemin que l'artiste doit suivre pour en sortir. Cette interprétation rejoindrait celle d'une certaine doctrine ascético-mystique: se concentrer sur soi-même, à travers les mille chemins des sensations, des émotions et des idées, en supprimant tout obstacle à l'intuition pure, et revenir à la lumière sans se laisser prendre aux détours des chemins. L'aller et le retour dans le labyrinthe seraient le symbole de la mort et de la résurrection spirituelles.L'arrivée au centre du labyrinthe, comme au terme d'une initiation, introduit dans une loge invisible, que les artistes des labyrinthes ont toujours laissée dans le mystère ou, mieux, que chacun pouvait remplir selon sa propre intuition ou ses affinités personnelles....Connais toi, toi même.

Labyrinthe végétal de Beaurains ( ARRAS)


mercredi 3 février 2010

Le Sens des Mots. Chakras et Centres d' Energie



Les Chakras existent ils vraiement ?
Je vais probablement en posant cette question choquer beaucoup d'entre vous; mon propos n'est pas d'apporter une réponse, mais de provoquer un questionnement, tant pour ceux qui n'en ont jamais entendu parler que pour ceux qui ont des certitudes.
Tout d'abord, ce mot ne figure pas au Larousse à ce jour; je vous propose donc d'aller voir sur Wikipedia; on y trouve :
Le Chakra (dérivé du sanskrit चक्रं (cakraṃ) qui signifie roue ou disque, prononciation phonétique "djakra", Pali: chakka; Chinois: 轮; Tibetain: khorlo; Malais: cakera) est le nom traditionnellement donné à des objets ayant la forme d'un disque, parmi lesquels le soleil. Le terme est aujourd'hui plus connu pour désigner des "centres spirituels" issus d'une conception du Kundalinî-yoga et qui pourraient être localisés dans le corps humain. Selon cette conception, il y aurait sept centres chakras principaux et des milliers de chakras secondaires. On trouve ce concept dans certaines Upanishads dites mineures composées vers le IIe siècle avant notre ère[1] et plus particulièrement dans la Yoga Chudamani Upanishad (composée entre le VIIe et Xe siècle de notre ère) et la Yoga Shikha Upanishad .
Dans l'Inde ancienne, le mot désignait un disque de métal — or, cuivre ou fer — symbolisant le pouvoir d'un râja dit Chakravarti : celui qui fait tourner la roue de la destinée des hommes, qui tient leur vie dans ses mains, mais aussi, peut-être, celui qui est à l'image de Sûrya, le soleil. Le titre de Chakravarti ou Chakravartin était donné à un souverain ayant fait le sacrifice du cheval ou ayant réalisé de grandes conquêtes.
Dans l'hindouisme, la roue représente la structure des mondes et de l'individu, « dont le moyeu est le coeur, les rayons ses facultés et les points de contact avec la jante les organes de perception et d'action ».
Le terme fut ensuite utilisé pour qualifier Bouddha et les souverains bouddhistes qui font tourner la roue de la loi ou dharmachakra-mudrâ.
On retrouve ainsi très logiquement une représentation de chakra dans l'emblème et le drapeau de l'Inde. À l'origine, devait se trouver dans la bande blanche le rouet de Gandhi, c'est-à-dire l'outil emblématique de l'auto suffisance. Il fut plus tard remplacé par le Chakra d'Ashoka, un symbole bouddhiste, sous l'influence de Bhimrao Ramji Ambedkar, le rédacteur hors-caste de la constitution indienne qui finit par se convertir au bouddhisme.
Les chakras spirituels décrits dans le Kundalinî-yoga sont représentés par des fleurs de lotus et marquent, sur le corps vital de l'homme (prânamaya-kosha), les étapes de la progression de la Kundalinî le long des nâdi (canaux), sushumna (canal central parasympathique), ida (canal sympathique gauche) et pingala (canal sympathique droit), qui relient entre eux les chakra (centres d'énergie). Les chakra sont aussi reliés par un circuit plus direct appelé merudanda.

Il y aurait 7 chakras principaux; nous les donnons ci dessous avec les qualités généralement associées :
Au niveau de la fontanelle: Sahasrara Chakra: conscience collective, harmonie, union au Soi.
Au niveau du chiasme optique: Agnya (ou Ajna) Chakra: conscience sans pensées, discernement, pardon, expérience du présent.
Au niveau de la gorge: Vishuddhi (ou Visudha)Chakra: communication, sens collectif, respect de soi et des autres, diplomatie et juste comportement.
Au niveau du coeur: Anahata Chakra: confiance en soi, amour, responsabilité,courage, sécurité.
Au niveau du plexus solaire: Nabhi (ou Manipuraka)Chakra: satisfaction, paix intérieure, générosité, sens du respect et de la dignité de l’Esprit.
Au niveau des reins: Swadhistan (ou Swadhistana) Chakra: attention et connaissance pure, créativité.
Au niveau du sexe: Mooladhara (ou Muladhara) Chakra: innocence et pur désir, sagesse, joie intérieure.
Les éléments associés aux 7 chakras principaux sont respectivement: Vibration/Esprit/Ether/Air/Feu/Eau/Terre

Vision mystique des chakra [source: Wikipédia]
Les chakra sont issus d'un système de croyances philosophiques issues de l'Hindouisme. Les premiers textes qui en parlent sont écrits en sanscrit. Pour les personnes adhérant à ces croyances, ils ont une réalité physique et physiologique au même titre que d'autres organes, même si cette physique est, dans leur conception, beaucoup plus subtile. En occultisme, il est affirmé que la clairvoyance permettrait de les voir comme des centres de lumière et d'énergie.
Des chercheurs se disant « indépendants » ont cherché à confirmer l'existence de ces points et à donner une explication à leur fonctionnement (le Dr Janine Fontaine, pour n'en citer qu'un exemple français). De nombreuses personnes — des milliers selon certains — disent avoir la capacité de les toucher et/ou de les voir (voir la référence M.L. LaBonté en bibliographie) ; cela ne serait qu'une question d'entraînement et de détente.
Ceux qui examinent les chakra les décrivent comme des organes vivants. Ils auraient pour fonction la régulation de « l'énergie » entre les différentes parties du corps, et entre le corps, la terre et l'univers. Soumis aux aléas de santé de l'individu, ils présenteraient des symptômes de rigidité ou d'affaissement, d'encombrement ou de perte de vitalité. Ils communiqueraient entre eux et seraient capables de se compenser mutuellement. Réciproquement, une action « d'harmonisation énergétique » (de type acupuncture, même si celle-ci ne travaille pas directement sur les chakra) aurait des répercussions sur la santé de l'individu.
De plus, les chakra correspondraient à des plexus et à des glandes, ce qui signifie que leurs localisations auraient une fonction avérée dans la Biologie et même le Psychisme de l'individu. La Science nie une quelconque réalité subtile, traitant les glandes et les plexus comme des parties distinctes.
En ésotérisme, le manipūra-chakra serait situé au niveau du plexus solaire, il aurait donc a un rôle dans la digestion. Quant au sahasrâra-chakra, il se situerait au niveau de la Glande Pinéale, qui sécrète la mélatonine, hormone liée au sommeil. Mais en occultisme on enseigne que c'est le chakra dans sa dimension subtile qui régulerait le plexus et la glande correspondante, et donc de proche en proche régit et harmonise le Psychisme de l'humain. Si, par exemple, l'hormone de la glande pinéale est sécrétée en quantité adéquate, ce serait en conséquence d'un chakra harmonieux, et l'individu aurait alors un sommeil régénérateur.
Le scientifique dira que c'est grâce à la sécrétion de la mélatonine, l'occultiste lui dira que c'est l'ouverture du sahasrâra-chakra qui offre un sommeil régénérateur.
Sri Swami Sivananda va même plus loin dans son livre Kundalinî-yoga, où il décrit les chakra comme des centres spirituels qui peuvent être activés à 100% grâce à la montée de la Kundalinî. Chaque chakra serait dépositaire de pouvoirs secrets endormis. Le mûlâdhâra-chakra activé, permettrait au Yogi de léviter et de se purifier de tout péché. Le vishuddha-chakra activerait la clairaudience. L' âjñâ-chakra, lui, garderait en lui le pouvoir caché de clairvoyance. Enfin Sahasrâra activé fournirait la Paix Suprême, l'Union Fusionnelle avec l'Être Cosmique.
La médecine chinoise traditionnelle se réfère à un système d'énergies véhiculées par un réseau et des points, (ceux de l'acupuncture). Cependant, aucune preuve physique ou physiologique ne vient pour l'instant à l'appui de ce modèle.
Certains pensent qu'il s'agit d'une science perdue, en partie retrouvée et non encore reconnue...

dimanche 24 janvier 2010

La fée Morgane..deux femmes en Une..Version 1

Les narrateurs et historiens portent des regards bien différents sur la fée Morgane.....
Selon les ouvrages récents des philologues, Morgane, fille d’Ygerne dite aussi Ygraine et du duc de Cornouailles, est la demi-sœur, considérée comme méchante, du roi Arthur. Dans d’autres textes - notamment sous la plume de Chrétien de Troyes - Morgane est la sœur du roi Arthur, ce qui renforce la méchanceté du personnage. Notons que dans les premiers textes où apparaît la fée Morgane, son rôle est positif : chez Geoffroy de Monmouth (Historia Regum Britanniae) Morgane est savante ; chez Chrétien de Troyes (Erec et Enide, Yvain, le Chevalier au lion) elle guérit son frère ainsi qu’Yvain et Lancelot ; chez Wace (le Roman de Brut) et dans La Mort et le roi Arthur, Morgane emmène Arthur sur l’île d’Avalon pour le soigner de ses blessures (épisode déjà présent dans l’Historia Regum Britanniae). Ce n’est qu’à partir du XIIIe siècle que la légende fait de la fée Morgane une méchante fée, haineuse envers Arthur et Guenièvre, contrepoint de la Dame du Lac.
La légende raconte que, à sa naissance, le roi Arthur fut adopté par un chevalier de Galles et sa femme et, à l’âge de 15 ans, il sortit une épée de la pierre, qui n’était pourtant pas Excalibur, car celle-ci lui fut offerte plus tard par Viviane, la Dame du Lac. Seul le vrai roi de Bretagne pouvait déloger cette épée de la pierre, ce que fit Arthur, apportant ainsi la preuve qu’il était soutenu par les anciens dieux celtes. Quelques années plus tard, Morgane séduisit Arthur, devenu roi de l’actuelle Grande Bretagne. Un enfant, nommé Mordred naquit plusieurs mois après. Morgane savait très bien qu’il causerait la perte d’Arthur : son but était de le détrôner afin qu’elle obtienne le contrôle de la Bretagne par l’intermédiaire de son fils. Pendant toutes ces années, elle essaya d’assassiner son demi-frère, mais Arthur et Mordred s’entretuèrent pendant la revendication du trône par ce dernier. Selon d’autres sources, Mordred n’est pas le fils de Morgane mais celui d’une autre sœur d’Arthur, la reine d’Orcanie (Anna ou Morgause selon les textes ). Selon la version que présente Marion Zimmer Bradley dans Les Dames du Lac, dans laquelle on n’attribue pas à Morgane le rôle de méchante, elle aurait été élevée sur l’île d’Avalon (aussi appelée l’Atlantide) par la grande prétresse Viviane (réincarnation de la Déesse dans l’ouvrage). Durant "les feux de Beltane", Morgane sera poussée dans les bras de son demi-frère. Ils le découvriront le lendemain matin. Lancelot du Lac, dans cette version, est le fils de Viviane. Sur Avalon, Lancelot est appelé Galahad.
Une légende celtique parle d’un second enfant nommé Yvain (qui serait l’aîné de Mordred) ; Yvain serait le fruit de l’union entre le roi Urien et Morgane. Il est l’un des grands chevaliers de la Table Ronde, bien qu’il soit un jour banni par Arthur (à cause des fautes de sa mère Morgane, elle-même bannie de la cour). Il resta pourtant fidèle au roi et prit part à d’innombrables aventures dans lesquelles il fut accompagné d’un puissant lion, très docile en présence de son maître, ce qui lui valut le titre de Chevalier au lion (épisode développé par Chrétien de Troyes).
Morgane cherche à protéger la Bretagne de l’influence grandissante du catholicisme, notamment de l’influence de la reine Guenièvre, de nature très pieuse. Elle voulait défendre auprès du roi Arthur les anciennes croyances, qui étaient à la base de ses pouvoirs magiques, ainsi que de ceux de Merlin, dit l’Enchanteur.
C’est Morgane qui aurait brodé le fourreau magique d’Excalibur qui protège Arthur de toute blessure fatale au combat. Elle cherchera par la suite à lui reprendre cet objet sacré car, en ne restant pas fidèle à l’ancienne religion, il a trahi son serment, ses origines celtes et le Petit Peuple. Le fils de Morgane et Arthur devra reprendre le pouvoir (d’où leur duel mortel) pour rétablir l’ancienne religion. Le combat final les opposant se déroulera à Camlan. C’est là où le Jeune Dieu Cornu (Mordred) affrontera le Vieux Dieu Cornu (Arthur). Les deux personnages mourront après s’être entretués, et Excalibur retournera dans le lac de Viviane, portée pour la dernière fois par Merlin. La légende veut que la dépouille du Roi Arthur ait été placée dans l’île d’Avalon, et qu’il réapparaîtra en des temps troublés.
Une autre légende dit que le Roi Arthur a été enterré à Glastonbury, une abbaye anglaise. On y a notamment découvert une croix de plomb portant cette inscription : « HIC JACET SEPULTUS INCLITUS REX ARTURIUS IN INSULA AVALONIA » soit « Ci-gît le renommé roi Arthur dans l’île d’Avalon », sous une dalle de pierre en 1191, ainsi que les dépouilles d’un couple.

samedi 23 janvier 2010

Guenièvre

Guenièvre


L'origine du nom Guenièvre vient selon toute vraisemblance du mot gallois "Gwenhwyfar" qui signifie "Esprit Blanc".
Elle n'est pas sans évoquer la bansidh*de la mythologie celtique (*Dans la mythologie celtique, une Bansidh est une femme du Sidh, cest-à-dire de l'autre Monde, une messagère des dieux.) .
Fille de Léodegan de Carmelide, Guenièvre est avant tout l épouse du roi Arthur.
Sa beauté, son éloquence ainsi que le prestige de sa cour font de la reine une figure à la fois prisée par les chevaliers et haïe par ses semblables .
Sa liaison avec Lancelot entama l'unité des Chevaliers de la Table Ronde.
C'est aussi sa beauté qui attira le neveu du Roi Arthur , Sire Modred, qui investit Camelot et força Guenièvre à l'épouser en l'absence du roi.
La confrontation entre Arthur et Modred à la bataille de Camlann mit une fin sanglante à l'âge d'or de la chevalerie britannique et peu de chevaliers y survécurent.
Arthur, mortellement blessé, fut emporté à Avalon, tandis que Guenièvre se fit nonne à Amesbury, où elle mourut plus tard.
Certains pensent qu'elle fut enterrée à Glastonbury, non loin de la tombe d'Arthur.

jeudi 21 janvier 2010

Merlin, l'Enchanteur

Conte du pays breton


Voici un récit trouvé sur le net, d'auteur inconnu, donné sous la forme d'un conte merveilleux:

Il était une fois, en Bretagne, une jeune femme qui mit au monde un bébé si velu qu'on n'en avait jamais vu de semblable. Elle demanda aux personnes qui l'assistaient de le porter immédiatement à l'église pour qu'il reçût le baptême.
- Quel nom voulez-vous lui donner ?
- Celui de son aïeul maternel, répondit la jeune femme.
C'est ainsi que le bébé fut appelé Merlin. Or, Merlin avait pour père un diable, ce que sa maman n'osait avouer. Tout en le berçant dans ses bras, elle l'embrassait malgré sa laideur et lui dit un jour :
- Parce que je ne peux désigner ton père, mon bébé chéri, tu seras appelé : « enfant sans père » et moi, selon la loi, je vais être condamnée et mise à mort. Pourtant, je ne l'ai pas mérité...
- Tu ne mourras certainement pas à cause de ma naissance. Merlin avait alors tout juste neuf mois. La stupéfaction de sa mère en l'entendant parler fut si grande qu'elle le laissa choir. Aussitôt, l'enfant se mit à hurler, ameutant tous les voisins qui voulurent connaître la cause de ce vacarme. La mère de Merlin aurait-elle voulu par hasard le tuer ?
- Figurez-vous que Merlin parle comme une grande personne, expliquait-elle à tous ceux qui l'interrogeaient. Comme Merlin gardait la bouche close, à présent, cela rendait la chose encore plus extraordinaire et plus mystérieuse. À la fin, certaines personnes, espérant l'entendre, le rudoyèrent.
- Ah ! dirent-elles, il eût mieux valu pour ta mère que tu ne fusses jamais né.
- Taisez-vous ! cria aussitôt le nourrisson, rouge de colère. Laissez ma mère en paix. Nul ne sera assez hardi, tant que je vivrai, pour lui faire du mal ou justice, hors Dieu. Si jamais gens connurent l'ébahissement, ce fut bien ceux qui entendirent ces mots. Et tous, sans exception, s'empressèrent de colporter la nouvelle à travers le village, tant et si bien, qu'elle parvint aux oreilles du juge. Or le juge se dit : « Peut-être ferais-je bien de me débarrasser de cette affaire que j'avais oubliée et de convoquer cette mère que je dois condamner à être brûlée vive. » Au demeurant, le juge ne croyait en rien tout ce qui se racontait. Aux questions gênantes qu'il lui posa, la mère ne put que baisser la tête jusqu'à ce que Merlin, qu'elle tenait dans ses bras, éternuât bruyamment et s'écriât :
- Ce n'est pas de si tôt que vous la condamnerez, monsieur le Juge...
- Ah ! fit le magistrat qui n'en croyait pas ses oreilles. Et tu vas me dire pourquoi, j'espère...
- Certainement, répondit Merlin imperturbable, car si l'on condamnait toutes les personnes qui ne peuvent avouer le nom du père de leur enfant, il y aurait ici quantité de gens qui seraient brûlés. Je le ferais bien voir, si je voulais. Et, ajouta le poupon belliqueux, je connais mieux mon père que vous le vôtre, monsieur le Juge, ne vous en déplaise... À ces mots, le magistrat, le rouge au front, se disait : « ce garçon est extraordinaire. Non, je ne puis le tuer. »
- Qui donc est ton père ? dit-il enfin de sa voix la plus douce.
- Un de ces diables qui ont nom incubes et qui habitent l'air. De lui, j'ai la science infuse et celle des choses faites, dites, et passées. Je connais également celles qui doivent arriver...
- Les choses faites, dites et passées... répéta le juge en tremblant. Et comme il ne devait pas avoir la conscience bien tranquille, il décida de laisser la mère de Merlin en liberté. Celui-ci vécut heureux et choyé auprès d'elle jusqu'à l'âge de sept ans.

La tour croulante

Il y avait alors en Bretagne un roi qui se nommait Constant. Il mourut bientôt en laissant deux enfants en bas âge : Moine et Uter Pendragon. Or, le sénéchal du royaume, un certain Voltiger, homme féroce, plein d'ambition, et qui briguait le trône, donna l'ordre de tuer les enfants. Uter Pendragon eut la chance d'échapper à cet ordre en partant clandestinement, avec de fidèles amis, pour une ville étrangère. Et Voltiger, se croyant sûr de pouvoir agir à sa guise, ne tarda guère à se faire couronner roi de Bretagne. Mais il n'était pas digne d'une aussi haute charge. Il n'aimait que les honneurs et point du tout ses sujets. Et ses sujets le savaient bien, qui haïssaient ses petits yeux au regard méchant, et sa bouche large et mince qui ne s'ouvrait que pour blâmer et punir. Voltiger, en dépit de cette impopularité qu'il sentait grandir autour de lui, était décidé à demeurer roi coûte que coûte. Aussi voulut-il, pour se protéger, faire bâtir aux portes de la ville une tour si haute et si forte qu'elle ne pût jamais être prise. Les maçons se mirent donc à l'oeuvre, mais à peine la tour commençait-elle de s'élever de trois ou quatre toises au-dessus du sol, qu'elle s'écroula. Voltiger convoqua ses maîtres maçons et contenant à peine son mécontentement, il leur commanda d'employer la meilleure chaux et le meilleur ciment qu'ils pourraient trouver. Et gare à eux si le travail ne s'accomplissait pas correctement ! Ainsi firent-ils, vous le pensez bien. Hélas ! quand elle fut presque achevée, une seconde fois, la tour s'écroula. Puis une troisième, et une quatrième. Si bien que les châtiments tombaient drus sur les maçons et que le roi enrageait de plus en plus. Finalement, dans la crainte de ne jamais voir sa tour édifiée, Voltiger s'avisa qu'il valait mieux s'adresser aux mages et aux astronomes qu'aux maçons. Après onze jours de graves discussions, ceux-ci persuadèrent le roi que la tour ne tiendrait jamais si l'on ne mélangeait au mortier le sang d'un enfant de sept ans, né sans père.
- Que douze messagers partent immédiatement à travers la Bretagne et ramènent un enfant qui réponde à ces conditions, ordonna Voltiger.
Un beau matin, l'un de ces messagers rencontra sur sa route des jeunes garçons en train de s'amuser. Parmi eux se trouvait Merlin. Et Merlin, qui connaissait toutes choses, s'avança vers lui et dit :
- Je suis celui que tu cherches, Messager. Enfant sans père dont tu dois rapporter le sang a ton roi.
- Qui t'a dit cela ? demanda le messager interloqué. Ce garçon ne ressemblait pas tout à fait aux autres garçons. Il n'avait pas le regard rieur et naïf des jeunes enfants.
- Si tu me certifies que tu ne me feras aucun mal, j'irai avec toi et je t'expliquerai pourquoi la tour ne tient pas, poursuivait Merlin. Mais je pourrais d'abord te montrer que je sais bien d'autres choses, ajouta-t-il négligemment.
- Vraiment ? dit le messager. Allons Parles... Et il regardait Merlin avec une méfiance non déguisée.
- Eh bien, il s'agit d'une tour que le roi Voltiger voudrait bâtir, mais la tour s'écroule toujours. Alors il a réuni des mages... Du geste, le messager l'interrompit. Il se disait : « ce garçon est extraordinaire. Non, je ne puis le tuer. »
- Viens avec moi, ordonna-t-il à Merlin. Et, saisissant le bras de l'enfant, il ajouta plus doucement : n'aie pas peur. Merlin, lisant dans sa pensée, accepta volontiers de le suivre. Auparavant, il alla embrasser sa mère qu'il rassura pleinement. Tout au long du chemin, le messager acquit la conviction que Merlin était l'être le plus prodigieux qui eût jamais foulé le sol breton et qu'il se devait, en conséquence, de le maintenir en vie. Seulement, quand il arriva à quelques kilomètres du palais, il se demanda comment il s'y prendrait avec Voltiger. Merlin aurait-il une idée ?
- Dis au roi la vérité, répondit Merlin. Donne-lui l'assurance que je lui expliquerai pourquoi il ne parvient pas à bâtir sa tour. Ainsi fit le messager, si bien que le roi, intrigué au plus haut point, manda Merlin, lequel prononça alors ces mots :
- Sous les fondations de la tour, habitent deux dragons. L'un est rouge et l'autre est blanc. Quand le poids de la tour devient trop pesant pour eux, ils éprouvent le besoin de se retourner. C'est à ce moment que les murs s'écroulent.
- Dans ce cas, il ne reste qu'une chose à faire, dit le roi, creuser le sol. Et aussitôt des ouvriers se mirent au travail. Dès qu'ils atteignirent la base des fondations, ils trouvèrent deux énormes dalles qu'ils soulevèrent. Merlin avait raison : deux dragons en sortirent qui se jetèrent sauvagement l'un contre l'autre. Stupéfaits, intrigués, Voltiger, sa cour et tous les ouvriers suivirent la bataille, qui dura deux jours. Le dragon rouge parut d'abord avoir le dessus, mais le blanc, plus agile parce que plus jeune, finit par le tuer.
Cependant, son triomphe fut bref, car il se coucha et mourut à son tour. S'adressant à Voltiger, Merlin lui dit :
- Maintenant, tu peux faire édifier une tour. Voltiger hocha la tête. Après un temps de réflexion, il demanda :
- Saurais-tu me dire ce que signifie la bataille des deux dragons ? Merlin sourit :
- Promets-moi d'abord de ne point me malmener pour t'avoir dit la vérité.
- Je te le promets.
- Alors, écoute bien : le dragon rouge, c'est toi, Voltiger, le dragon blanc, c'est Uter Pendragon. Dans quelques jours, vous entrerez en lutte : toi pour garder, lui pour reconquérir son royaume usurpé. Et le dragon blanc sera vainqueur du dragon rouge. À ces mots, le roi pâlit. Uter Pendragon était-il donc encore un vivant avec lequel il fallait compter ? Le coeur lourd d'angoisse, il décida par prudence d'envoyer une armée à Wenchester. Pouvait-il se douter que lorsque ses gens verraient luire au soleil les bannières d'Uter Pendragon sur le bateau qui l'amenait de Petite Bretagne au-devant de cette armée menaçante, ils le reconnaîtraient aussitôt pour leur roi légitime ?
C'est ce qui arriva pourtant et Voltiger, abandonné de ses soldats et de ses amis, n'eut que le temps de s'enfuir dans un de ses châteaux forts. Il y demeura quelques jours en proie à la peur, puis, ainsi que l'avait prédit Merlin, il mourut pendant l'assaut qu'Uter Pendragon donna à la forteresse.

Jeux de Merlin

Il advint qu'Uter Pendragon, devenu roi de Grande-Bretagne entendit parler de l'extraordinaire Merlin, qui non seulement connaissait toutes choses, mais possédait encore de singuliers pouvoirs. Le roi décida donc de le faire vivre à sa cour, et envoya des messagers à sa recherche, sachant qu'il se cachait dans la forêt de Northumberland.
Un jour que l'un de ces messagers parcourait cette forêt épaisse et toute bruissante du murmure des feuilles, il aperçut, vêtu d'un bliaud élimé, les cheveux hirsutes, la barbe longue, et portant sur 1'épaule la cognée des bûcherons, un homme très maigre qui l'aborda en ces termes :
- Beau Sire, vous ne faites guère, me semble-t-il, la besogne dont vous a chargé votre seigneur...
Amusé autant que déconcerté par cette remarque, l'enquêteur s'arrêta et, d'un ton de plaisanterie, demanda au bûcheron de quoi il se mêlait. Sans répondre directement à la question, celui-ci déclara :
- Si je cherchais Merlin, il y a belle lurette que je l'aurais trouvé ! Cependant, il m'a recommandé de vous dire qu'il se rendra au palais si le roi en personne vient le quérir en cette forêt. Ce qui eut pour résultat de faire ouvrir des yeux tout ronds de stupéfaction à l'enquêteur. - Merlin ! répétait-il. Tu connais donc Merlin... ? Le bûcheron hocha la tête, puis il disparut dans un fourré après une pantomime compliquée autant qu'intraduisible. Quand le roi Uter Pendragon apprit la chose, il n'hésita pas une seconde :
- Je pars au-devant de Merlin, dit-il. Et c'est ainsi que le roi et ses gens chevauchaient, un beau matin d'automne, à travers feuilles et buissons odorants et jaunis. Parvenus a une clairière, ils virent un troupeau de moutons, puis le jeune berger qui les gardait. Ils l'interrogèrent.
- Connaîtrais-tu Merlin, par hasard ?
- Certes, répondit le berger.
- Tu es son ami ?
- J'attends un roi et si ce roi venait, je saurais bien le mener à Merlin.
- Eh bien, conduis-nous à lui... Comme le berger se grattait la tête et paraissait hésiter, Uter Pendragon s'avança et se nomma.
- Je suis le roi lui-même, dit-il.
- Et moi je suis Merlin, dit le berger.
Les compagnons du roi poussèrent des cris d'indignation. Quoi ! Ce berger presque contrefait se prendre pour... Mais ils n'eurent pas le temps de terminer leur phrase : à la place du berger apparut le jeune enfant qui avait expliqué à Voltiger devant tous ses courtisans ce que signifiait la bataille des deux dragons. Alors, le roi et ses compagnons, fort impressionnés, le saluèrent et l'entourèrent.
C'est ainsi qu'on apprit, pour la première fois, en Grande-Bretagne, que Merlin possédait le pouvoir de se transformer à sa guise et de prendre l'apparence d'un autre. Cependant, Uter Pendragon eut beau lui promettre monts et merveilles, Merlin refusa de vivre à sa cour. Comme c'était un sage, il se contenta de remercier le roi et de l'assurer de son aide, préférant laisser aller les choses et ne point donner aux courtisans des sujets de jalousie, ce dont il eût été le premier à pâtir. Le roi s'inclina, mais dès qu'un problème se posait, qu'une question restait sans réponse, il appelait Merlin qui accourait.
Ce fut ainsi que grâce à lui, Uter Pendragon put vaincre des ennemis redoutables, les Saines, et grâce à son pouvoir d'enchanteur, donner aux soldats morts, près de Salisbury, un cimetière aux pierres tombales venues d'Islande, si longues et si lourdes que nul homme n'aurait pu les soulever, même avec un engin. Et tant que le monde durera, ces pierres seront là...



La duchesse de Tintagel

Uter Pendragon était maintenant fort et puissant ; cependant, au milieu de ses soldats, il lui arrivait de s'ennuyer. Il songeait alors à la présence d'une reine auprès de lui, mais aucune femme ne lui paraissait assez belle ni assez sage pour lui plaire. Un jour, pourtant, il décida de rassembler pour une grande fête, dans son château de Carduel, au Pays de Galles, les seigneurs des environs, avec les dames et demoiselles. Il vint beaucoup d'invités, et parmi eux, Ygerne, l'épouse du duc Hoel de Tintagel. Dès que le roi la vit, il en tomba amoureux. Mais il n'y avait place, dans le coeur de la belle Ygerne, que pour son mari, en dépit des amabilités de toutes sortes que lui prodigua son suzerain. Convaincu qu'il ne pourrait jamais la conquérir, Uter Pendragon en éprouva un si profond chagrin qu'il en serait peut-être mort, si Merlin... Oui, si Merlin l'enchanteur n'était accouru à son secours.
- Que faire ? Que faire ? gémissait le roi.
- Sire, pourriez-vous me promettre un don... ?
- Je n'ai rien à te refuser, Merlin... Merlin souriait.
Le roi songeait déjà, à son intention, à quelque récompense, mais à sa grande surprise, Merlin fit simplement préparer les chevaux.
- Voudrais-tu voyager ? demanda le roi.
- Nous allons partir tout de suite pour Tintagel, répondit Merlin. Peu avant d'arriver au château, Merlin descendit de son palefroi et cueillit une touffe d'herbe au bord du ruisseau. Puis, la donnant au roi :
- Il serait bon, sire, que vous vous en frottiez la figure, dit-il. Se demandant ce qui allait bien lui arriver, le roi se hâta d'obéir et aussitôt, il prit la taille et les traits du duc Hoel de Tintagel. Quand il se regarda dans le ruisseau, il n'en croyait pas ses yeux. À la porte du château, les guetteurs n'éprouvèrent aucun doute, et le firent entrer, le reconnaissant pour leur maître. Il était tard et la nuit ne se parait ni de lune ni d'étoiles. Qui fut encore trompée par les apparences et accueillit Uter Pendragon en croyant recevoir son époux ? Ygerne, bien sûr, pour le plus grand bonheur du roi. Hélas ! la semaine n'était pas terminée, qu'Ygerne apprenait que son mari avait été tué au cours d'un combat la nuit même où elle l'avait cru de retour. Jugez de son désarroi. La pauvre duchesse de Tintagel pleura toutes les larmes de son corps
Cependant, Uter Pendragon l'aimait toujours et même davantage. Il s'empressa donc de solliciter sa main. Désemparée et libre désormais, Ygerne la lui accorda. Mais, honnêtement, elle tint à ce que le roi sache ce qui lui était advenu, certaine nuit très sombre, comment elle avait cru voir son mari. Le roi hocha la tête et sourit mystérieusement.
- Ce n'est pas tout, dit Ygerne.
- Quoi donc, ma belle amie ? Et Ygerne avoua qu'elle serait bientôt mère. Alors le roi soupira et dit doucement :
- Il ne faut en parler à personne. Quand votre enfant sera né, nous le confierons à quelqu'un qui s'en occupera. Ce fut alors que Merlin rappela au roi la promesse qu'il lui avait faite, et sollicita, en guise de don, le nouveau-né.
- C'est entendu, dit Uter Pendragon, cet enfant est tien. Et Merlin le remit à l'un des plus honnêtes chevaliers du royaume, Antor, qui le fît baptiser sous le nom d'Artus et qui l'éleva en compagnie de son propre fils que l'on appelait Keu. Personne, sauf Merlin, ne se doutait du fabuleux destin qui attendait Artus.

La pierre merveilleuse

Seize années s'écoulèrent. Uter Pendragon mourut, deux ans après Ygerne. Comme il n'avait point d'héritier direct, les barons du royaume trouvèrent une solution très simple : demander à Merlin de leur en désigner un.
- Attendez le jour de Noël, répondit Merlin.
Donc, la veille de Noël, les barons se réunirent à Londres et parmi eux se trouvait Antor avec Keu et Artus, ses deux enfants dont il ne savait à présent lequel il préférait. En procession, ils allèrent tous à la messe de minuit, puis, selon la coutume, à la messe du jour. Quand ils sortirent de 1'église, ils entendirent des cris, tout un brouhaha et ils demandèrent ce qui se passait d'extraordinaire. On leur montra une grosse pierre au milieu de la place, venue on ne sait d'où, qui ne ressemblait à rien, avec à son sommet une enclume de fer dans laquelle une épée se trouvait fichée jusqu'à la garde. Vous pensez si les langues allaient bon train. Chacun cherchait une explication à ce phénomène.
- Cela vient du ciel, disaient les uns.
- Du ciel ou de l'enfer, répliquaient les autres.
- D'où qu'elle soit, il nous faut bénir cette pierre, dit l'évêque. Tout en s'apprêtant à accomplir ce geste pieux, il se baissa et fronça les sourcils : ce qu'il venait de découvrir le laissa quelques secondes sans voix. Puis il lut clairement, de telle façon qu'ils fussent entendus de tous, ces mots inscrits en lettres d'or sur la pierre : Celui qui ôtera cette épée sera le roi.
Il y eut alors une véritable bousculade. Tous les barons, puissants et hauts seigneurs, se précipitèrent pour lire à leur tour ces mots magiques et certains voulurent tirer au sort pour décider qui en ferait les premiers l'essai. Une querelle s'ensuivit et l'on entendait déjà le cliquetis des armes, quand l'évêque intervint en choisissant lui-même deux cent cinquante chevaliers pour tenter l'aventure. Or, pas un, malgré beaucoup de force, d'adresse et de bonne volonté, non, pas un ne parvint à faire bouger l'épée. Qui en fut amusé ? Keu et Artus, ces deux grands adolescents de seize ans qui observaient la scène d'un oeil critique. Estimant qu'eux aussi avaient droit à cette étrange « course à l'épée », la prenant comme un jeu, ils s'approchèrent de la pierre fabuleuse. Artus dit :
- Voyons si je pourrai... Mais avant qu'il eût achevé sa phrase, il tirait 1'épée par la poignée et la montrait à Keu et à Antor médusés.
- Beau fils, est-ce toi qui serais désigné... ? murmurait Antor.
Déjà des barons accouraient, déjà des protestations véhémentes s'élevaient. Avait-on jamais vu un homme de naissance obscure devenir roi de Bretagne ? Il fallut, une fois encore, l'intervention de l'évêque pour calmer les esprits.
- Or ça, Messieurs, que diriez-vous de la Chandeleur pour recommencer l'expérience ? fit le prélat. La proposition fut adoptée, et, avec quelle impatience, tous attendirent la Chandeleur. Quand ils purent de nouveau tenter leur chance, il n'y en eut aucun qui ne montra joyeux visage. Seul Artus tira, avec autant de facilité que si elle avait été enfoncée dans une motte de beurre, la fameuse épée... Pouvait-on imaginer, dès lors, qu'il n'était pas l'élu de Dieu ? Artus fut donc sacré roi de Bretagne et la pierre merveilleuse disparut. Cependant, à cette lointaine époque comme aujourd'hui, l'unanimité n'était pas facile à faire. Et des esprits chagrins contestèrent la légitimité du roi Artus. Voilà pourquoi onze des plus puissants barons s'assemblèrent bientôt ; ils décidèrent alors de lui déclarer la guerre. Déterminés à vaincre ou à mourir, ils firent le siège du château de Kerléon où Artus s'était enfermé. Ils allaient lancer un dernier assaut contre la forteresse, quand Merlin intervint, les regardant de travers comme quelqu'un qui est très mécontent. Du haut d'une tour, il leur expliqua qu'Artus n'était pas le fils d'Antor, ni le frère de Keu, mais qu'il appartenait, par sa naissance, à un rang beaucoup plus élevé qu'aucun d'entre eux... Et pour confirmer ce qu'il avançait, il leur conta l'histoire d'Uter Pendragon et d'Ygerne. Allez donc convaincre des barons bretons ! Ceux-ci s'entêtèrent à déclarer qu'ils ne voulaient pas d'Artus pour roi, car c'était un bâtard.
Merlin, qui les voyait réunissant déjà leurs bannières pour reprendre le combat, fit alors un grand geste, jetant ainsi un enchantement. Instantanément, toutes les tentes des barons rebelles se mirent à flamber. L'incendie crépitait pendant que dans une terrible mêlée, les gens d'Artus et les gens des barons luttaient et s'entretuaient. Artus eut sa lance rompue. Et quoiqu'il fût assez mal en point, il tira aussitôt son épée, celle qu'il avait arrachée à la pierre merveilleuse. Elle portait un nom : Escalibor, ce qui signifie en hébreu « tranche fer et acier », et elle jetait autant de clarté que deux gros cierges allumés. Tout ragaillardi, Artus s'élança de nouveau dans le combat et tailla en pièces l'armée des rebelles, aidé de Keu devenu son sénéchal, d'Antor, et de beaucoup d'autres de ses fidèles, si bien qu'à la fin de la journée, les barons avaient fui, si honteux que plus ne se peut, laissant armes et vaisselles d'or et d'argent sur le terrain.

Départ pour la Carmélide

Quand le roi Artus constata les grands pouvoirs de Merlin, songeant qu'il ne pouvait se passer d'un aussi précieux concours, il l'invita à venir vivre à la cour, laquelle se tenait alors à Londres. Merlin lui conseilla de faire don, en quantité, de vêtements, d'argent et de chevaux, et d'armer nombre de nouveaux chevaliers. Artus se rendit à cet avis et ainsi se gagna les coeurs. Tous acquirent alors la conviction qu'ils ne pouvaient vivre ailleurs. Un jour, Merlin, qui connaissait l'avenir, dit a Artus :
- Sire, le moment est venu de vous engager comme simple chevalier au service du roi Léodagan de Carmélide. Vous en tirerez grand avantage. Il se garda bien d'en dire plus, bien que le roi poussât de grands cris. Quoi ! Laisser sa terre pour prêter main-forte au vieillard qu'était Léodagan, lequel avait maille à partir avec de redoutables voisins... Merlin n'y pensait pas. Or, Merlin s'obstina.
- Partez, Sire, sans tant vous inquiéter, et vous verrez ce qui arrivera. Cependant... Il s'interrompit, se lissa la barbe, et lorsque Artus lui eut demandé de poursuivre, il dit :
- Cependant, emmenez donc avec vous le roi Ban de Bénoïc et le roi Bohor de Gannes, qui sont du reste en route, à cette heure, pour vous rendre hommage. Ces deux frères, rois de Petite Bretagne, ont toutes les qualités de chevaliers. Artus fut sage et vit bien que son intérêt était de faire ce que lui conseillait Merlin. Aussi se réjouit-il de la visite des deux rois et il annonça qu'il allait immédiatement donner des ordres pour qu'il y eût en leur honneur fêtes et tournois. Merlin, cependant, soupira.
- Eh bien, dit Artus, ne dois-je point faire tendre de soieries et de tapisseries, et joncher d'herbe et de fleurs les rues de Londres?
- Certes, répondit Merlin. Il vous sied de recevoir magnifiquement. Et je gage qu'il ne manquera à votre accueil qu'une reine... Artus ne dit mot, se demandant vaguement pourquoi Merlin regrettait aujourd'hui l'absence d'une reine, et s'il était vraiment urgent d'en donner une au royaume de Bretagne. Quelques semaines plus tard, quarante preux, parmi lesquels se trouvaient Artus, Ban de Bénoïc et Bohor de Gannes, parvenaient en Carmélide et se présentaient, en se tenant par la main, au roi Léodagan, qu'ils saluèrent l'un après l'autre. Le roi Ban, qui était le plus éloquent et le plus bavard de tous, dit à Léodagan que ses compagnons et lui-même lui offraient leur service, mais à une condition.
- Messire, fit Léodagan intrigué, quelle est cette condition ?
Alors Ban lui demanda de promettre de ne jamais chercher à savoir leurs noms véritables. Comme c'était là coutume assez courante, Léodagan s'inclina. Bientôt, les guetteurs donnaient le signal, apercevant au loin les premiers coureurs ennemis et la fumée des incendies. Il y eut grand branle-bas de combat. Artus et ses compagnons s'assemblèrent sous la bannière de Merlin, où un petit dragon à longue queue et une tortue semblaient lancer des flammes. La bataille fut violente, les assaillants paraissant décidés à tout mettre en oeuvre pour obtenir la victoire : et les lances se heurtèrent et les épées frappèrent les heaumes et les écus, dans un tel tintamarre que le tonnerre n'eût pu se faire entendre. Or, il advint que les gens de Léodagan furent, un moment, en mauvaise position, enfoncés par les gens du redoutable roi Claudias de la Déserte. Léodagan fut même renversé de son cheval et pris par ses ennemis. Merlin le sut dans le même instant.
- À moi, francs Chevaliers ! s'écria-t-il en apparaissant sur le champ de bataille et en levant son enseigne flamboyante. Artus et ses compagnons, qui luttaient avec rage, arrivèrent aussitôt au grand galop.
- On verra qui preux sera ! cria encore Merlin.
Puis il donna un coup de sifflet, et un vent impétueux se leva qui fit tourbillonner un immense nuage de poussière derrière lequel nos quarante compagnons, lâchant le frein et piquant des deux, coururent sus aux ennemis aveuglés. Ceux-ci abandonnèrent le roi Léodagan sur le champ de bataille, et, têtes baissées, sous une grêle de traits, s'enfuirent à toutes jambes. Les gens de Léodagan s'empressèrent alors de lui donner un cheval et de nouvelles armes, puis tous repartirent à bride abattue derrière leur porte-enseigne. À ce moment, le dragon de l'enseigne de Merlin se mit à vomir des brandons enflammés, si bien que tout s'embrasa et que les derniers résistants lâchèrent pied. Seul un géant, le duc Frolle, eut encore le courage de prendre à deux mains sa masse de cuivre, si lourde que peu d'hommes eussent pu la soulever, et se mit à en asséner des coups autour de lui.
Artus s'élança à sa poursuite, son épée Escalibor à la main. Frolle tira la sienne ; elle avait nom Marmiadoise. Dès qu'elle jaillit hors du fourreau, si grande était la clarté qu'elle répandait, que le champ de bataille en fut illuminé et qu'Artus fit un pas en arrière.
- Sire chevalier, dit alors le géant, je ne sais qui tu es, mais pour ta bravoure, je te ferai grâce. Rentre ton arme et je te laisserai aller. À ces mots, le roi Artus sentit le rouge de la honte lui monter au visage.
- C'est à toi de mettre bas cette épée, dit-il, et sache que le fils d'Uter Pendragon ne recule pas devant la mort.
- Serais-tu donc le roi Artus ? Et aussitôt le géant se jeta sur lui, mais Artus sut adroitement 1'éviter et se défendit grâce à Escalibor ; il lui en donna un si grand coup sur le bras que Frolle laissa choir son épée. Étourdi, il fut emporté par son cheval dans la forêt immense. Quand la nuit s'installa, le calme régnait. Les rois Ban et Bohor demandèrent à Artus s'il n'avait point trop de mal.
- J'ai réussi au-delà de toute espérance, dit-il. C'est ainsi qu'en plus de mon épée Escalibor, qui a fait merveille, j'ai pu ramasser Marmiadoise, 1'épée du géant Frolle, qui étincelle comme un diamant dans l'ombre.

Guenièvre de Carmélide

Déjà les tables étaient mises pour le repas quand arrivèrent au palais de Léodagan nos trois rois et Merlin. Léodagan, les attendant, s'était appuyé à une fenêtre. Et dès qu'il les vit venir, il alla à leur devant et leur fit fête. On leur prit leurs chevaux, on les désarma, et on les conduisit par la main dans une salle richement ornée où une demoiselle d'une grande beauté leur présenta l'eau chaude dans un bassin d'argent. C'était la fille de Léodagan, Guenièvre, et on ne pouvait alors trouver plus belle personne en Bretagne. De sa main, elle leur lava le visage et le cou, qu'ils avaient couverts de poussière du champ de bataille, et elle leur passa à chacun un fort élégant manteau.
Dès l'instant où Artus en fut revêtu, il plut à Guenièvre, qui ne fut pas longue à comprendre que lui aussi l'observait à la dérobée, avec un intérêt mêlé d'admiration. Ses grands yeux bleus pétillèrent alors de gaieté, ce qui la rendit encore plus attrayante, si la chose se pouvait. Léodagan conduisit ses hôtes à table, et il remarqua qu'Artus prenait place entre Bohor et Ban. Ignorant, d'après leurs conventions, qui ils étaient, il supposa qu'Artus était le seigneur des deux autres. « Plût à Dieu qu'il épousât ma fille, c'est un parfait chevalier et un homme de haut rang », songea-t-il. Cependant, Guenièvre offrait le vin à Artus dans la coupe du roi, agenouillée devant lui, et il la trouva si belle qu'il en oubliait de boire et de manger. Il se tourna légèrement pour que ses voisins ne vissent point son émoi, mais Guenièvre, elle, s'en aperçut très bien.
- Messire, buvez, lui dit-elle, et ne m'en veuillez pas si je ne vous appelle point par votre nom, car je l'ignore. Ne soyez pas distrait à table, ne l'étant point aux armes, comme nous avons pu le constater aujourd'hui. Alors, il prit la coupe et but. Les nappes ôtées, Ban vint s'asseoir à côté de Léodagan. Et lui qui aimait tant discourir, il lui fit maints compliments de Guenièvre.
- Sire, lui dit-il encore, il arrive un moment où il nous faut songer à l'avenir. Or, vous n'avez pas d'autre enfant qui puisse hériter de vos terres. N'est-ce point imprudent de ne pas la marier ?
- Il y a sept ans que le roi Claudius de la Déserte me fait la guerre, répondit Leodagan en soupirant. Et je n'ai pas trouvé le temps de penser à ma fille. Mais s'il se présentait quelque gentilhomme qui puisse me défendre, je la lui donnerais volontiers et il aura ma terre après moi, je ne regarderai ni au lignage ni au rang. En entendant ces propos, une lueur de malice passa dans les yeux de Merlin, qui émit un petit grognement amusé. Puis, ayant accompli sa mission, il partit.

Viviane

En ce temps-là, il y avait au coeur de l'Armorique une vaste forêt qui allait de Fougères à Quentin, de Corlay à Camors, et de Faouët à Redon. C'était la forêt de Brocéliande. Le vent y jouait constamment et les arbres s'inclinaient en des révérences sans fin, sur une étendue qui mesurait bien trente lieues de longueur et vingt de largeur. À travers cette forêt erraient des créatures extraordinaires comme fées et sylphes.
Il y avait Dyonas, qui était filleul de Diane, la déesse des bois, et dont la fille, Viviane, rôdait jour et nuit parmi les arbres et s'amusait avec les papillons. Un jour qu'elle se trouvait assise près d'une source où les korrigans et les fées venaient habituellement se mirer, elle vit passer un très beau jeune homme, haut de taille et brun de cheveux, qui allait à pas de promenade, fredonnant pour lui-même. Arrivé près d'elle, il s'arrêta, s'appuyant sur une branche, et la salua, mais sans ajouter un mot de plus. C'était Merlin, qui sentait battre si fort son coeur devant la grande beauté de cette jeune fille, qu'il redoutait de perdre sa liberté d'esprit.
Eh ! oui, Merlin savait qu'il venait de rencontrer Viviane, il savait qu'il était désigné pour l'aimer et être aimé d'elle, et qu'il lui serait soumis entièrement dès qu'ils se seraient entretenus tous deux. Or, Viviane, comme toute femme, était curieuse, et elle lui demanda :
- Qui êtes-vous, beau Sire ?
- Je suis un valet errant qui cherche le maître qui m'apprenne mon métier.
- Peut-on savoir quel métier ?
Merlin s'assit au bord de la source, prenant place près de Viviane et répondit :
- Par exemple, à soulever un château fort, fût-il assiégé par des soldats.
- Ou bien à marcher sur un étang sans se mouiller les pieds, ou bien encore à faire naître une rivière et beaucoup d'autres choses... Viviane battit des mains :
- Quel beau métier !
Ah ! je voudrais vous voir à l'oeuvre. Je serais alors votre amie, en tout bien tout honneur, ajouta-t-elle, coquette. À ces mots s"augmenta 1'émoi de Merlin, qui accepta de lui montrer une partie de ses jeux et de ses talents. Il y mit pourtant une condition :
- Que j'aie votre amour, sans vous demander plus.
Viviane jura qu'elle y consentait. Alors, avec la branche sur laquelle il s'appuyait, Merlin traça un cercle sur le sol. Ce geste étonna Viviane ; elle promenait ses yeux autour d'elle et ne voyait rien d'extraordinaire, mais, quelques secondes plus tard, surgirent de belles dames et de beaux messieurs qui faisaient une grande ronde et chantaient joyeusement. Certains se mirent à danser sous les arbres soudainement chargés de fruits, tandis qu'au loin se profilait un château devant lequel s'étendait une pelouse avec de grands parterres de fleurs. On eût dit que Merlin avait fait naître le paradis. Fascinée, Viviane observait lentement toutes choses, s'arrêtant devant les danseurs, tentant de fredonner leurs refrains.
- Que vous en semble ? dit Merlin. Etes-vous toujours preste à tenir votre serment ?
- Certes, Messire, et de coeur je vous appartiens. Mais vous ne m'avez encore rien appris...
- Je le ferai un jour, c'est promis. Dès que la lune brilla, les belles dames et leurs cavaliers disparurent, ainsi que le château, seul demeura le verger, à la prière de Viviane, qui le nomma « Repaire de joie et de liesse ».
- Maintenant, dit Merlin, je dois partir.
- Êtes-vous donc si pressé de me quitter ? Et sans m'avoir rien enseigné encore...
- Il faut du temps, gentille Damoiselle... Mais Viviane voulait connaître tout de suite le secret de Merlin : elle était prête à demeurer là toute la nuit et même à consentir à tout ce que Merlin exigerait, quand elle saurait comment on accomplissait de tels prodiges. Alors Merlin lui expliqua la manière de faire couler une rivière où il lui plairait. Viviane contemplait cette eau merveilleuse avec extase, après avoir écrit la recette sur un parchemin. À peine s'aperçut-elle que Merlin la saluait en lui promettant de revenir bientôt.

Fiançailles d'Artus

Merlin s'en retourna en Carmélide, où le roi Léodagan l'accueillit avec joie. Mais il se demandait toujours qui pouvaient bien être ceux qui l'avaient si courageusement aidé à vaincre ses ennemis. Le seul moyen de faire taire sa légitime curiosité était, lui semblait-il, de poser la question à Merlin. Ce qu'il fit un beau jour.
- Sire, répondit Merlin, en désignant Artus, sachez que ce jeune homme est de plus haut rang que vous-même, qui êtes un roi couronné.
Nous allons de par le monde pour le mieux connaître et en espérant trouver une épouse digne de ce jeune homme... Vous vous doutez bien que Léodagan songea immédiatement à lui offrir sa fille, la plus belle et la plus sage qui fût... Comme Merlin l'assurait qu'elle serait acceptée de bon coeur, il la fit quérir à l'instant même. Quand Guenièvre fut là, il manda tous les chevaliers qui étaient au palais et dit, en mettant la main de la jeune fille dans celle d'Artus :
- Messire, dont j'ignore encore le nom, recevez ma fille pour femme avec tout ce qu'elle aura d'honneurs et de biens après ma mort.
Artus, radieux, s'inclina. Merlin révéla alors le nom des quarante preux, tous fïls de roi et de reine, qui avaient accompagné Artus, roi de Bretagne, celui-là même qui venait de se fiancer. À cette nouvelle, la joie de Léodagan et des assistants fut immense, et tous firent hommage au roi Artus. Cependant, quelques jours après, Artus annonça qu'il se voyait dans l'obligation de s'éloigner quelque temps, car il lui restait encore des ennemis à vaincre.
Alors, Guenièvre lui donna un heaume pour se couvrir la tête, et il partit à cheval, suivi de ses quarante compagnons.

Artus et les chevaliers

Après avoir chevauché quelques heures, ils éprouvèrent le désir de se reposer. On était au printemps. La beauté du ciel, le chant des oiseaux, la fraîcheur de la verdure naissante les plongèrent dans une douce rêverie. Ils n'en sortirent que pour s'apercevoir que quatorze jeunes gens, tous beaux et bien vêtus, les regardaient. Ces jeunes gens demandèrent où était le roi Artus. Aussitôt désigné, le roi les vit s'agenouiller devant lui pour lui dire qu'ils désiraient tous recevoir de lui l'ordre de la chevalerie, afin de le servir loyalement et fidèlement. Déjà, durant son absence, ils avaient défendu ses terres contre de terribles agresseurs. L'air noble des jeunes gens, cette prévenance en sa faveur, inclinèrent Artus à demander qui ils étaient. Celui qui les conduisait se présenta d'abord : c'était Gauvain, fils du roi d'Orcanie. Puis il nomma ses compagnons. Artus leur fit le meilleur accueil et embrassa Gauvain, qui se trouvait être son neveu.
- Je vous octroie la charge de connétable, lui dit-il.
Et il l'investit par son gant gauche. Quelques jours après, ils arrivèrent tous à Logres. Et là, le roi Artus prit Escalibor, la bonne épée, et la pendit au flanc gauche de Gauvain, puis il lui chaussa 1'éperon droit, tandis que le roi Ban lui bouclait le gauche, les éperons d'or étant le signe distinctif des chevaliers. Enfin, il lui donna l'accolade. Il adouba de même, c'est-à-dire revêtit d'une armure ses compagnons, et leur distribua des épées. Seul l'un d'eux, Sagremor, neveu de l'Empereur de Constantinople, ne voulut point d'autre épée que celle de son pays. Puis, chacun des nouveaux chevaliers adouba à son tour les gens de sa maison. Et pour finir, ils allèrent tous ouïr la messe. Au retour, Merlin, devant le roi, les seigneurs et les nouveaux chevaliers assemblés, leur conta l'histoire du Graal. Pour finir, il dit, s'adressant à Artus :
- Sire, il vous appartiendra à présent de dresser la table du Graal, d'où il adviendra quantité de merveilles.
- La table sera dressée au château de Carduel, en Galles, répondit Artus et le jour de Noël, j'élirai les chevaliers qui auront droit d'y siéger.

Merlin et Viviane

Une seconde fois, Merlin s'en alla rejoindre Viviane, ainsi qu'il le lui avait promis. Vous devez croire qu'il avait grand désir de s'y rendre très vite. Pourtant, il fit un détour au royaume de Bénoïc, en Petite Bretagne, puis au royaume de Gannes, où il conta ce qui s'était passé en Carmélide. Et sachant toutes choses, il demanda aux rois de ces pays de prendre la mer avec des soldats afin d'aider Artus à chasser les Saines du royaume de Logres. Alors, satisfait de leur réponse, il s'en fut donc en forêt de Brocéliande. Quand Viviane l'aperçut, elle courut à lui, et tous deux éprouvèrent une grande joie à se retrouver. Sans plus tarder, Viviane voulut connaître de nouveaux jeux.
- Beau Sire, lui dit-elle, dites-moi comment je pourrais faire dormir un homme aussi longtemps qu'il me plairait...
Elle se garda bien de lui révéler pour qui elle désirait cette science, car elle croyait que Merlin ne la lui aurait pas enseignée. Mais Merlin lisait dans sa pensée. Et il savait qu'elle invoquait une fausse raison quand elle ajouta :
- J'aimerais endormir mon père Dyonas, et ma mère, quand vous viendrez me voir, pour être tout à fait libre.
Merlin refusa.
Viviane n'en parut que peu contrariée. Déjà, elle était sûre d'elle-même et de son pouvoir sur Merlin, et, quand arriva le dernier jour, ainsi qu'elle le prévoyait, Merlin céda. Ils se trouvaient alors tous deux dans le verger nommé « Repaire de joie et de liesse », et Merlin lui apprit non seulement ce qu'elle désirait, mais beaucoup d'autres choses encore, par exemple trois mots qu'elle prit par écrit et qui avaient cette vertu de l'empêcher d'appartenir à un homme lorsqu'elle les portait sur elle. Merlin se munissait ainsi contre lui-même, mais il se savait si amoureux de Viviane qu'il lui céderait toujours. Alors qu'il s'en revenait à Logres, il prit l'aspect d'un vieillard affublé d'un costume démodé, mais pimpant. Or, le jour était extrêmement beau, et Gauvain, dans le dessein d'en profiter, avait demandé son cheval et avait pris le chemin de la forêt. C'est ainsi qu'il rencontra Merlin monté sur un palefroi blanc. Celui-ci l'aborda et le ramena à la réalité :
- Messire Gauvain, lui dit-il, si tu m'en croyais, tu laisserais là promenade et rêverie, car il vaudrait mieux pour ton honneur faire la guerre aux ennemis de ton roi.
Gauvain éberlué, allait répondre, mais Merlin avait déjà disparu.

La guerre aux Saines

C'est qu'en effet l'instant était grave. Les Saines, redoutables guerriers, plus nombreux que les flots de la mer, assiégeaient alors la ville de Clarence. Or, un jour où le ciel était couleur de plomb, enveloppé de brume, les Saines furent réveillés par une multitude de lances qui, telles des bêtes sauvages, se jetèrent avec fureur sur leurs tentes, abattant les mâts, renversant les pavillons et massacrant tout ce qui se trouvait sur leur passage.
L'armée des chevaliers, qui avait pour enseigne la bannière blanche à croix rouge, avançait ainsi inexorablement, chassant les Saines, qui tentaient vainement de se rallier au son de leurs cornes et de leurs buccins. Gauvain tua le roi Ysore et lui prit son cheval, le «gringalet», qui pouvait courir dix lieues sans connaître la fatigue. Les rois Artus, Ban et Bohor, et combien d'autres, firent merveille. Merlin jeta des enchantements, si bien que les Saines cédèrent et s'enfuirent de toute la vitesse de leurs chevaux, s'embarquant sur des bateaux pour une destination inconnue. Alors Artus partagea entre les chevaliers le riche butin laissé par l'ennemi, puis il fit duc de Clarence, Gasselin, l'un de ses chevaliers. Et il y eut cinq jours de grande liesse.

Mariage d'Artus

Le sixième jour, ils partirent pour la Carmélide, où Guenièvre attendait Artus. Le jour du mariage, il y eut plus de joie que jamais en un jour de fête. La salle fut couverte de joncs, d'herbes vertes et de fleurs qui embaumaient. L'été débutait, et un vent chaud avait lustré le ciel qui débordait de soleil. Guenièvre apparut aux yeux éblouis de tous, le visage découvert, ses cheveux blonds couronnés d'or et de pierreries, vêtue d'une robe lamée d'or, si longue qu'elle traînait à plus d'une demi-toise.
En cortège, les fiancés, les rois et leur cour, les barons du royaume de Carmélide, les nobles et les bourgeois se rendirent à l'église pour la bénédiction nuptiale. Ensuite, tout ce monde fit bombance, après avoir entendu les ménestriers jouer du violon, de la flûte et des chalumeaux, puis les chevaliers se divertirent à l'escrime et autres jeux, et tous dansèrent et prolongèrent ces plaisirs fort tard dans la nuit. Pas un convive n'oublia de sa vie une aussi belle journée. Une semaine après, les rois Ban et Bohor prenaient congé d'Artus, qu'ils n'avaient pas quitté depuis qu'ils guerroyaient contre les Saines, et regagnèrent leurs terres. Ils partirent en compagnie de Merlin et, ensemble, ils traversèrent la mer pour arriver en Petite Bretagne, où ils furent accueillis avec des transports d'allégresse.
Cependant, Merlin poursuivit son chemin pour aller voir Viviane, dans la forêt de Brocéliande.

Le lac de Diane

Viviane reçut son ami avec beaucoup de tendresse, si bien qu'il en tomba plus amoureux encore, si la chose se pouvait. Ayant pris la peine de lui expliquer la plupart de ses jeux, c'était elle maintenant qui lisait dans ses yeux et dans sa pensée, de telle façon qu'il n'eût jamais aucun secret pour elle. Un après-midi qu'ils se promenaient tous deux dans la forêt, Merlin conduisit Viviane au lac de Diane. Il lui fit remarquer une tombe, en marbre, où l'on voyait en lettres d'or ces mots :
Ci-gît Faunus, l'ami de Diane.
Puis il lui conta cette histoire : Faunus aimait loyalement Diane, la déesse des bois. Hélas ! celle-ci lui préféra Félix et elle n'hésita point, un jour que Faunus blessé voulut se baigner dans l'eau enchantée qui se trouvait alors à la place même de la tombe, à faire renverser une pierre sur lui, celle-là même qui fermait à présent le tombeau, où gisait écrasé le pauvre Faunus. Alors Félix, indigné par l'acte criminel de Diane, la prit par sa tresse, et lui coupa la tête de son épée.
- Et qu'est donc devenu le manoir que Diane avait fait bâtir ? demanda Viviane, après un grand moment de silence.
- Le père de Faunus le détruisit dès qu'il connut la mort de son fils. Or, devinez quelle idée vint brusquement à Viviane ? Elle émit le désir d'avoir un manoir aussi beau et aussi riche que celui de Diane. Et aussitôt, pour lui complaire, Merlin faisait jaillir, à la place du lac, un château, si merveilleux qu'il ne s'en trouvait point de semblable dans toute la Petite Bretagne.
- C'est votre manoir, ma mie, lui dit-il. Jamais personne ne le verra qui ne soit de votre maison, car il est invisible pour tout autre et aux yeux de tous, il n'y a là que de l'eau. Si, par envie ou par traîtrise, quelqu'un de vos gens révélait le secret, aussitôt le château disparaîtrait pour lui, et il se noierait en y croyant entrer.
- Mon Dieu! fit Viviane éblouie, jamais on n'entendit parler d'une demeure plus secrète et plus belle. À la voir si heureuse s'augmenta encore la joie de Merlin, qui lui apprit plusieurs autres enchantements, au point qu'il devint d'une imprudence folle.
- Beau Sire, lui dit-elle un jour, il y a encore une chose que je voudrais savoir. C'est comment je pourrais enserrer un homme sans tours, sans murs, sans fers, de manière qu'il ne pût jamais s'échapper sans mon consentement... Merlin, qui lisait dans sa pensée, répondit :
- Ma belle amie, de grâce, ne me demandez plus rien. Vous voulez m'enfermer ici pour toujours, et je vous aime si fort qu'il me faudra faire votre volonté. Viviane lui sourit tendrement :
- Je n'ai sans vous ni joie ni biens, dit-elle, et j'attends tout de vous. Puisque je vous aime autant que vous m'aimez, ne devez-vous pas faire ma volonté et moi la vôtre ?
- La prochaine fois que je viendrai vous voir, je vous enseignerai ce que vous désirez. Il y avait obligation pour Merlin de retourner, à présent, au royaume de Logres, auprès du roi Artus qui réunissait beaucoup de monde à Carduel, au moment de Noël.

Fondation des Chevaliers de la Table ronde

Et il y eut, en effet, grande réception et festin en ce jour, au château de Carduel, au pays de Galles. Merlin amusa les invités du roi en prenant diverses apparences, puis, quand les tables furent enlevées, après le repas, il rappela l'histoire du Graal ou l'histoire de ce vase contenant le sang du Christ. Or, d'après la légende, ce vase avait été transporté en Petite Bretagne.
- Et, dit Merlin, il est écrit que le roi Artus doit établir ici même une table, qui sera ronde pour signifier que tous ceux qui devront s'y asseoir ne jouiront d'aucune préséance. À la droite du roi demeurera toujours un siège vide, en mémoire du Christ. Qui se risquerait de le prendre, sans être l'élu, serait puni de mort, car il est réservé au Chevalier qui aura conquis le Graal.
- Qu'il en soit ainsi ! déclara Artus.
Et aussitôt qu'il eut parlé, surgit, au milieu de la salle, une table ronde autour de laquelle se trouvaient cent cinquante sièges de bois. Et sur la plupart d'entre eux, on lisait en lettres d'or : Ici doit s'asseoir Un Tel.
Mais sur celui qui était à la droite du fauteuil du roi, aucun nom n'était inscrit. Artus et les chevaliers désignés vinrent prendre place. On remarquait messire Gauvain, et tous ceux qui avaient défendu le royaume durant l'absence du roi. Puis Gauvain, en sa qualité de connétable, prononça, au nom de tous, le serment solennel : que jamais Dame, Damoiselle ou homme ne viendrait demander aide à la cour sans l'obtenir, et que, si l'un des chevaliers présents disparaissait, les autres, tour à tour, se mettraient sans trêve à sa recherche, pendant un an et un jour. Tous les Chevaliers de la Table ronde jurèrent, sur des reliques de saints, de tenir le serment qu'avait fait pour eux messire Gauvain. Ensuite, la reine Guenièvre proposa que quatre clercs fussent à demeure dans ce château de Carduel pour mettre par écrit toutes les aventures des Chevaliers. Le roi Artus l'approuva. Et à l'unanimité, les Chevaliers manifestèrent grande joie.

Quête de Merlin

Pour la quatrième fois, Merlin quitta la cour du roi Artus pour se rendre dans la forêt de Brocéliande. Le roi et la reine en furent peinés, car il était pour eux un excellent ami. Et d'autant plus que Merlin leur avait dit qu'il ne reviendrait pas. Était-ce possible, se disaient-ils, en le voyant disparaître au loin, sur un cheval superbement harnaché. Ayant retrouvé Viviane, Merlin céda enfin à sa prière et il lui donna les moyens de le faire prisonnier d'amour pour toujours. Mais cela, on l'ignorait à Carduel et quand trois mois furent écoulés, sans que Merlin parût, Gauvain dit au roi, qui se montrait très triste :
- Sire, je vous jure, par le serment que je fis, pour Noël, que je le chercherai, partout où cela me sera possible, durant un an et un jour.
Et tous les chevaliers l'imitèrent, et partirent en quête de Merlin à la même heure. Ils se séparèrent à une croisée de chemins. Or, un jour que Gauvain traversait une forêt après avoir longtemps erré sur les terres de Logres et ne savait où se diriger, il croisa une Damoiselle montée sur un beau palefroi noir, harnaché d'une selle d'ivoire aux étriers dorés. Elle-même était richement vêtue. Mais Gauvain, plongé dans une sombre rêverie, passa auprès d'elle sans la voir ni la saluer, ce qui représentait, pour un chevalier, une faute grave. Profondément choquée, la Damoiselle fit tourner son palefroi et aborda Gauvain, pour lui reprocher son manque de courtoisie. Et, pour le punir, elle lui souhaita de ressembler au premier homme qu'il rencontrerait. Gauvain s'inclina, ne dit mot et repartit, mais à peine eut-il chevauché quelques lieues, ses yeux s'arrêtèrent sur un nain qui marchait en compagnie d'une Damoiselle.
Se rappelant la leçon qu'il venait de s'attirer, il s'empressa de la saluer. À quelque distance, il ne comprit pas, ou il ne comprit que trop, ce qui lui arrivait : les manches de son haubert lui venaient maintenant bien au-delà des mains, et les pans lui couvraient les chevilles. Eh oui, Gauvain avait tellement diminué de taille qu'il n'était plus qu'un nain, dont les pieds n'atteignaient pas les étriers et la tête son écu... Sa peine fut si vive, qu'il se demanda, un moment, s'il n'allait pas en finir avec la vie. Mais que dirait-on, à la cour du roi Artus, d'un chevalier qui n'aurait su faire face à l'épreuve ? Et déjà, s'aidant d'un tronc d'arbre coupé pour descendre de cheval, il raccourcissait ses étriers, relevait les manches et les pans de son haubert et aussi ses chausses de fer. Puis, courageusement, il reprit la route pour être fidèle à son serment. Mais de Merlin, point ne se présentait. Personne ne l'avait vu ni ne le connaissait. Et vous devinez aisément l'angoisse de messire Gauvain qui continuait à parcourir des lieues.
Un jour, il entra dans la forêt de Brocéliande, et c'est là qu'il découvrit un étrange phénomène : une sorte de vapeur... Il ne pouvait croire que son cheval ne franchirait pas un obstacle transparent et aérien. Mais non. Obstinément, le cheval refusa d'avancer... Et, soudain, il s'entendit appeler par son nom, et reconnut la voix de Merlin.
- Où êtes-vous ? demanda Gauvain. Je vous supplie de m'apparaître...
- Non, répondit Merlin, vous ne me verrez plus jamais, et après vous je n'adresserai la parole qu'à ma mie, Viviane. Le monde n'a pas de tour si forte que la prison d'air où elle m'a enserré. Et il raconta comment, alors qu'il dormait, Viviane avait fait un cercle de son voile, autour du buisson ; et comment, quand il s'éveilla, il comprit qu'il ne pourrait plus sortir de ce cercle enchanté où Viviane le retenait prisonnier. Il dit encore :
- Saluez pour moi le roi, et madame la Reine, et tous les chevaliers et barons, et contez-leur mon aventure.
Puis il ajouta : Ne désespérez pas de ce qui vous est advenu, Gauvain. Vous retrouverez la Damoiselle qui vous a enchanté ; cette fois, n'oubliez pas de la saluer, car ce serait folie. À tout ce discours, le nain Gauvain ouvrit de grands yeux. Cependant, il reprit la route de Carduel, tout à la fois heureux et mécontent, heureux de ce que Merlin lui prédisait la fin de sa mésaventure, et mécontent de penser que son ami s'était montré, pour la première fois, plus fol que sage. Quand il traversa la forêt où il avait croisé la Damoiselle qui lui avait jeté ce mauvais sort, il craignait tant de la rencontrer et de ne pas la saluer, qu'il ôta son heaume pour mieux la voir. Et soudain, il l'aperçut aux prises avec des chevaliers félons qui lui voulaient du mal.
Gauvain s'élança alors sur eux et les combattit si bien, malgré sa petite taille, qu'il les mit en déroute. En reconnaissance de son dévouement et de sa bravoure, la Damoiselle, sur la promesse qu'il lui fît d'être toujours courtois, lui permit de redevenir ce qu'il était avant leur première rencontre. Alors messire Gauvain chevaucha si vite qu'il arriva en même temps que les chevaliers qui étaient partis comme lui pour chercher Merlin et qui revenaient, comme lui, après un an et un jour. Tous firent au roi et à la reine le récit de leurs aventures et quand vint le tour de Gauvain de raconter l'enserrement de Merlin, il provoqua chez tous une grande tristesse. Des clercs mirent ces récits par écrit. Grâce à eux, nous les connaissons aujourd'hui.